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Drosophila suzukii : la drosophile des vergers, une espèce invasive venue d’Asie

Diptera ; Drosophilidae ; Drosophila suzukii

La drosophile asiatique, Drosophila suzukii, (parfois appelée drosophile japonaise ou à ailes tachetées) est un diptère (ordre des mouches, moustiques et autres moucherons) de la famille des Drosophilidae. Elle est présente certains vergers et jardins du Sud de l’Europe de l’Ouest, y compris en France. C’est une espèce de drosophile proche de la mouche du vinaigre, Drosophila melanogaster.

Photographie macro d’une drosophile asiatique de l’espèce Drosophila suzukii, femelle en train de pondre un oeuf dans un fruit (une fraise).
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Drosophila suzukii : femelle en train de pondre dans une fraise

Mais contrairement à cette dernière, les femelles de Drosophila suzukii possèdent un ovipositeur très rigide (sclérifié) en forme de scie [1], qui leur permet de permet de percer la peau des fruits pour y pondre leurs oeufs. La drosophile asiatique peut donc pondre dans les fruits charnus même s’ils sont intacts et encore fixés à la plante. On la trouve en particulier dans les cerises, pêches, abricots, prunes, pommes, kiwi et figues des grands vergers, ainsi que dans les fraises, framboises, mûres, myrtilles et autres fruits rouges ou dans le raisin des vignes (en particulier dans les vignobles d’Alsace [2]) et dans certaines variétés de tomates [3]. Les autres espèces de drosophiles ne pondent que dans les fruits déjà abîmés et souvent tombés au sol.

Photographie macro d’un mâle de la drosophile à ailes tachetées, Drosophila suzuki (moucheron ou drosophile asiatique). Les ailes ne sont tachetées que chez les mâles.
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Drosophila suzukii : mâle de drosophile asiatique en train de se nourrir de jus de fruit

La larve de Drosophila suzukii se développe ensuite à l’intérieur du fruit, facilitant ainsi l’installation de bactéries et champignons qui provoquent des dégâts parfois importants. Par conséquent, les arboriculteurs ne peuvent plus vendre les fruits dans lesquels des larves de drosophiles se sont installées.
La larve se transforme ensuite en nymphe, dans une pupe immobile et allongée, de couleur beige à brune.

Une drosophile japonaise femelle de l’espèce Drosophila suzukii, invasive en France, vue de dessus sur fond blanc.
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Drosophila suzukii : photo macro d’une femelle vue de dessus, sur fond blanc
Les mâles de la drosophile invasive japonaise (Drosophila suzukii) possèdent des taches noires à l’arrière des ailes. Macrophotographie de dessus sur fond blanc.
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Drosophila suzukii : macrophotographie d’un mâle à taches noires vu de dessus, sur fond blanc

Pour identifier Drosophila suzukii avec certitude, il faut capturer et tuer dans de l’alcool la mouche avant de l’observer à la loupe binoculaire. L’identification est difficile et devrait être réalisée par des entomologistes spécialistes des diptères [4].
Il faut vérifier que l’insecte observé possède tous les caractères suivants : deux ailes uniquement et deux "haltères" (sinon ce n’est pas un diptère), des yeux rouges, des ailes transparentes avec éventuellement une unique tache noire au bout des ailes (d’autres moucherons, comme Chymomyza amoena, possèdent plus d’une tache noire), des antennes courtes sur lesquelles sont fixées plusieurs soies (parfois appelées poils ou arista) et qu’il mesure moins de 4mm. Après avoir vérifié tous ces caractères, il faut encore vérifier soit que l’individu est un mâle et qu’il possède deux taches noires, soit que l’individu est une femelle et qu’elle possède un ovipositeur avec des dents sombres à l’extrémité (le reste de l’ovipositeur étant plus clair) [5] [6].

Gros plan sur l’ovipositeur de la drosophile japonaise invasive : l’ovipositeur possède de petites dents en forme de scie qui permettent à ce moucheron de pondre ses oeufs dans les fruits.
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Oviscapte ou ovipositeur d’une femelle de Drosophila suzukii.

Avant d’envisager un traitement, il faut détecter la drosophile. On peut pour cela utiliser des pièges à drosophiles (par exemple les pièges McPhail, que vous pouvez bricoler chez vous) contenant un mélange de vinaigre, sucre, eau et savon qui sert d’appât, tout en permettant de conserver les drosophiles mortes quelques jours [7]. Si la drosophile est présente, on peut envisager de placer des filets très fins ou d’installer de nombreux pièges contenant du vinaigre et de l’eau, mais il faut avant tout récolter les fruits avant qu’ils ne soient trop mûrs et ne pas laisser au sol ceux qui sont pourris (les enterrer est probablement le plus sur) [8]. Il faut également penser à surveiller les fruits récoltés et à enterrer ceux qui semblent pourrir trop rapidement après la récolte. De la même manière, on peut chercher la présence de pupes de drosophiles dans les paniers à fruits, et les éliminer.

Macrophotographie d’une drosophile japonaise (Drosophila suzukii) vue de face sur fond blanc.
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Mâle de la drosophile asiatique vu de face

Des scientifiques ont par ailleurs récemment montré qu’au moins deux espèces de guêpes parasitoïdes présentes en Europe, Trichopria drosophilae et Pachycrepoideus vindemmiae étaient capables de tuer les nymphes de Drosophila suzukii [9]. Ces parasitoïdes pourraient être un bon moyen de lutte biologique, la lutte chimique via des insecticides étant très inefficace contre ces parasites (entre autres car le cycle de vie très rapide de la mouche obligerait à traiter en permanence).


Références et définitions

[5Il existe également des mâles sans taches noires qui sont extrêmement difficiles à séparer d’autres espèces, mais ils sont très rares.

[9Chabert, S., Allemand, R., Poyet, M., Eslin, P., & Gibert, P. (2012). Ability of European parasitoids (Hymenoptera) to control a new invasive Asiatic pest, Drosophila suzukii. Biological Control, 63(1), 40-47.

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