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Le doryphore de la pomme de terre

Coléoptère ; Chrysomelidae ; Leptinotarsa decemlineata

Le doryphore est le plus redoutable prédateur des patates de nos jardins potagers. Les larves de ce coléoptère très coloré se nourrissent en effet des plantes de la famille des solanacées, comme les pommes de terre, tomates et aubergines.

Comment reconnaître le doryphore de la pomme de terre ?

Même s’il porte le même nom, le doryphore que l’on trouve dans les champs de patates n’a rien à voir avec les porte-lances de l’armée des Perses dans l’antiquité, ni avec la célèbre statue du sculpteur grec Polyclète. Le doryphore est un insecte de l’ordre des coléoptères, comme les scarabées et les coccinelles. Il possède des élytres blanches ou jaunes rayées de plusieures bandes noires, le prothorax et la tête sont oranges et couverts de taches noires de tailles variables. Lorsqu’il est dérangé, le doryphore replie immédiatement ses pattes sous son corps et se laisse tomber sur le sol, comme s’il était mort (ce comportement est appelé thanatose). Le doryphore est une espèce originaire du mexique, qui a été importée en 1922 à Bordeaux. C’est donc un insecte considéré comme invasif en France.

Doryphore des pommes de terre

Vidéo d’un doryphore en train de sortir de sa thanatose :

Quel est le cycle de vie du doryphore ?

Après avoir passé l’hiver enterré dans le sol, les adultes émergent au printemps. Ils s’accouplent alors et se mettent à pondre des dizaines d’oeufs de couleur jaune orangée, directement sous les feuilles des plantes hôtes. Les femelles pondent les oeufs en petits paquets d’environs 30 oeufs, elles peuvent en pondre jusqu’à 3000 dans des cas exceptionnels, mais pondent en moyenne 800 oeufs au cours de leur vie [1].

De ces oeufs éclosent après une dizaine de jours de petites larves qui dévorent nos pieds de pommes de terre et grandissent très rapidemment. Après quelques mues, les larves s’enfouissent profondément dans le sol (entre 2 et 20cm de profondeur) pour se transformer en nymphes, puis en insecte adulte ou imago.

Si la région où se trouvent les doryphores n’est pas trop froide, comme par exemple dans le Sud de la France, les adultes peuvent se reproduire et pondre une deuxième génération dès la fin de l’été. Tous les adultes ayant survécus à l’été s’enfouissent ensuite très profondément dans le sol (25 à 40cm) [2] où ils attendront le retour des beaux jours, avant que le cycle ne recommence...

Doryphore des pommes de terre

A quelles plantes peut s’attaquer le doryphore ?

Le doryphore s’attaque principalement aux pommes de terre, mais également à d’autres légumes de la famille des solanacées, comme les tomates, poivrons, et aubergines. On le retrouve aussi sur des plantes généralement non cultivées et parfois présentes dans les jardins, comme la morelle noire, la douce-amère, la belladone ou le datura. On repère généralement une attaque de doryphore par la présence de feuilles grignottées et trouées, mais les larves mangent aussi les tubercules de leurs plantes hôtes qui affleurent à la surface du sol. Autrement dit, elles mangent nos pommes de terre pourtant plantées avec amour, ou les empêchent de pousser.

Doryphore des pommes de terre

Quels traitements utilisables en agricultures biologiques puis-je utiliser pour me déabarrasser du doryphore ?

Combattre les doryphores en respectant les principes de l’agriculture bio n’est pas simple. Dans un potager, la lutte contre le doryphore est principalement manuelle. Il faut surveiller dès le printemps mais aussi durant tout l’été la présence de feuilles trouées, et ramasser les éventuels adultes et larves observés. Il est également important de retourner les feuilles et de retirer celles qui portent des amas d’oeufs de doryphores, facilement repérables car ils sont jaunes orangés. Sensibiliser vos voisins aux problèmes que posent les doryphores peut être utiles s’ils ont également planté des pommes de terre.

Il n’existe pas de traitement utilisable en agriculture biologique qui soit à ce jour disponible. Même si certains recommandent l’utilisation de purin d’ortie, bouillie bordelaise, savon noir, ou la plantation de lin, romarin ou lavande, ces méthodes n’ont pas été démontrées comme étant efficaces et n’ont aucune raison apparente de fonctionner.

Certains sites recommandent une méthode très dangereuse qui ne doit être en aucun cas être effectuée : la plantation de ricin et de datura dans le potager. Ces deux plantes sont en effet extrêmement toxiques et leur présence au potager constitue un danger sérieux. De plus, leur efficacité pour lutter contre les doryphores n’est pas démontrée et elles sont probablement inutiles dans la lutte contre les doryphores.

Plusieurs espèces de punaises naturellement présentes dans les jardins, dont l’espèce invasive Podisus maculiventris, sont prédatrices d’oeufs de doryphores. Il faut donc les laisser se promener en paix dans nos pieds de pommes de terre.

Doryphore des pommes de terre

Le doryphore vole-t-il ?

Comme chez les autres coléoptères, les ailes du doryphore ne sont pas apparentes car elles sont cachées sous les élytres, mais le doryphore possède bien des ailes dont il peut se servir pour voler sur de longues distances. Ce moyen de dispersion lui permet d’aller facilement de jardins en jardins et de champs en champs pondre ses oeufs dans des zones qui ne sont pas encore envahies...
La rotation des cultures n’a donc malheureusement que très peu d’effet sur les invasions de doryphores.


Références et définitions

[1Patrick Rousselle, Yvon Robert et Jean-Claude Crosnier, La pomme de terre - Production, amélioration, ennemis et maladies, utilisations, Paris, INRA éditions - ITPT - ITCF, coll. « Mieux comprendre »,‎ 1996 (ISBN 2-7380-0676-0), p. 201.

[2Fraval A. 2001. Le doryphore, un grand conquérant fatigué ? Insectes n°120, 3p.

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