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Quel traitement contre la cochenille farineuse ?

Hemiptera, Coccoidea, Pseudococcidae, Planococcus citri, Pseudococcus longispinus, Pseudococcus viburni

Les cochenilles farineuses sont de petits insectes que l’on rencontre en particulier sur les plantes d’intérieur. Les jardiniers sont généralement à la recherche de traitements biologiques ou d’insecticides pour débarrasser leurs plantes de ces petits envahisseurs, voici quelques pistes...

Le terme de cochenille farineuse peut désigner plusieurs espèces de cochenilles, mais il s’agit le plus souvent de cochenilles du nom latin de Pseudococcus viburni (anciennement appelée Pseudococcus affinis), de Pseudococcus longispinus ou de Planococcus citri. Elles sont qualifiées de farineuses à cause de la couleur blanche et de l’aspect pruineux des cires qu’elles sécrètent pour se défendre. En dessous de cette couche de cire, leur corps est de couleur blanche, brune ou rose.
Les cochenilles farineuses appartiennent à l’ordre des hémiptères, comme les pucerons ou les punaises. La plupart des espèces de cochenilles farineuses sont regroupées dans la famille des Pseudococcidae.
On peut confondre les cochenilles farineuses avec les pucerons lanigères qui possèdent un système de défense similaire à celui de nos cochenilles...

Que font les cochenilles sur les plantes, pourquoi sont-elles un problème ?

Les cochenilles sont des insectes phytophages. Comme les pucerons, elles possèdent un rostre, sorte de paille pointue, qui leur permet de percer la cuticule des plantes et de prélever la sève dont elles se nourrissent. Les cochenilles ne sont cependant pas dangereuses pour les humains, elles ne piquent pas. Certaines sont d’ailleurs utilisées pour fabriquer des colorants alimentaires (le rouge carmin ou E120). On trouve les cochenilles sur les feuilles des plantes, mais aussi au niveau du collet et des racines, dans la terre. Le plus souvent, elles s’installent sur les feuilles, le long des nervures des plantes qui conduisent la sève. On les trouve également près des noeuds, là où les tiges se rejoignent et où elles sont particulièrement difficiles à déloger !
Comme elles prélèvent la sève pour se nourrir, on leur reproche d’affaiblir nos plantes. En réalité, les soucis sont plutôt d’ordre esthétique puisqu’elles recouvrent les feuilles des plantes d’ornement d’une cire pruineuse de couleur blanche. Elles peuvent également, lorsqu’elles sont très nombreuses, déformer les nouvelles feuilles ou les fleurs. Enfin, comme les pucerons, les cochenilles excrètent du miellat. Ce miellat très sucré est un problème, car il tombe sur les feuilles de la plante et constitue un substrat très propice à l’installation de champignons comme la fumagine.

Une cochenille farineuse prise en photo sur la feuille d’une plante d’intérieur.
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Cochenille farineuse

Quelles sont les principales plantes hôtes de ces cochenilles ?

Chaque espèce de cochenille farineuse à sa plante préférée, ou son groupe de plantes préférées. Mais elles sont aussi très polyphages, c’est à dire qu’elles peuvent vivre sur un grand nombre de plantes différentes.
Dans la maison, on les rencontre le plus souvent sur les ficus, les orchidées, les Yucca, les palmiers, les cactus et autres plantes grasses et sur les arbres bonsaï.
Dans le jardin, on rencontre principalement les cochenilles farineuses sur les agrumes, tels que les orangers, mandariniers et citronniers. Les fleurs ne sont pas épargnées, les Pelargonium, les Dipladenia, le jasmin, les rosiers, les Hibiscus, les lilas et les hortensias peuvent également être des hôtes des cochenilles farineuses.
Au potager, on les trouve sur la vigne (où l’on rencontre aussi la cochenille floconeuse de l’érable, Neopulvinaria innumerabilis), et plus rarement sur les fraises, les groseilliers, les tomates et les pommes de terre.
Du côté des plantes de haies et des arbres, on peut les retrouver sur les oliviers, pommiers, muriers, platanes, marronniers, magnolias, pêchers, noyers, tilleuls, grenadiers, lauriers roses, buis, houx et bambous.

Une cochenille farineuse (femelle adulte) prélevant la sève d’une plante tropicale.
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Cochenille farineuse

Comment se débarrasser des cochenilles farineuses ?

Les insecticides ne sont pas une solution. En plus d’être toxiques pour vous, pour vos éventuels animaux de compagnie et pour l’environnement, ils sont chers et souvent peu efficaces. La cire produite par les cochenilles farineuses empêche en effet les de nombreux traitements chimiques de rentrer en contact avec ces insectes.

Commencez par bien séparer les plantes infectées des autres plantes, vérifiez que les feuilles et les pots ne se touchent pas, ou mieux, changez-les de pièce.

  • Si les cochenilles farineuses sont peu nombreuses, armez-vous d’une brosse à dent usagée (de préférence à poils souples pour ne pas abimer la plante) et d’un petit verre d’eau. Passer délicatement la brosse à dent là où vous voyez des traces de cire blanche et rincez-là régulièrement pour la débarrasser des cochenilles. Dégagez un peu la terre au niveau du collet de la plante, à la base de la tige principale. Vérifiez qu’il n’y a pas de cochenilles à cet endroit, s’il y en a, retirez-les avec la brosse à dent. Sortez ensuite la plante de son cache-pot ou soulevez-la de la soucoupe et vérifiez qu’il n’y a pas de cochenille farineuse sur les racines qui dépassent du pot ou dans la soucoupe ou le cache-pot. Placez votre plante dans un sceau et remplissez-le d’eau jusqu’au niveau de la terre de votre pot (vous pouvez lester votre plante en plaçant des cailloux si nécessaires). Laissez tremper la plante durant deux heures. Au bout de ces deux heures, récupérez les cochenilles qui flottent éventuellement en surface et retirez la plante du sceau d’eau. Vous avez alors probablement éliminé une grande partie des cochenilles. Attendez quelques jours avant de recommencer la même opération si vous détecter encore des cochenilles vivantes. Si vous êtes en hiver et que vous pensez que vos plantes peuvent tenir à l’extérieur (la température ne descend pas autour de 10°c), il vaut mieux les placer à l’extérieur, au moins en journée. Le développement des cochenilles est ralentit lorsqu’il fait froid.
  • Si les cochenilles sont un peu trop nombreuses : On trouve sur internet des solutions basée sur du savon noir dilué ou sur de l’alcool à 90°. Ces solutions ne sont parfois pas sans conséquences pour la plante, il vaut mieux les appliquer avec précaution (en particulier pour ce qui concerne l’alcool dont myrmecofourmis.fr déconseille l’utilisation). Commencez par essayer ces solutions sur un coin de feuille de la plante. Si au bout de quelques jours l’endroit où vous avez appliqué du savon noir ne vous semble pas abimé, pulvérisez une solution à 5% de savon noir, on en trouve des bouteilles préparées pour un usage horticole dans les rayons produits ménagers des grandes surfaces. N’en pulvérisez pas trop et rincez la plante avant de recommencer l’opération. Changez l’eau de la coupelle après chaque application de savon noir. Soyez prudent lors de l’utilisation de ce produit, il pourrait mettre en péril vos plantes déjà affaiblies par les cochenilles.
  • Si vous avez un arbre ou de nombreuses plantes recouvertes de cochenille farineuse... Si votre plante se trouve dans votre jardin, inspectez-la consciencieusement et vérifiez qu’il y a réellement besoin d’un traitement. Il est probable que les cochenilles soient en réalité peu nombreuses par rapport à la taille de votre plante, et que de nombreux insectes de votre jardin mènent déjà la vie dure à vos cochenilles (larves de chrysopes, de guêpes parasites, coccinelles, araignées,...). Si vous pensez que la survie de vos plantes est en péril, ou que vous êtes un professionnel contraint d’assurer une certaine productivité (horticulteurs, viticulteurs et arboriculteurs en particulier), il existe des traitements efficaces à grande échelle.
    Comme nous l’avons vu plus haut, la lutte chimique est souvent coûteuse et peu efficace. Pour éliminer vos cochenilles farineuses, vous pouvez alors vous rabattre sur un traitement biologique à base de savon noir, mais celui-ci peut être difficile à mettre en place pour de nombreuses raisons techniques.
    La lutte biologique peut par contre être réalisée à l’aide de traitements... vivants ! De nombreuses entreprises proposent à la vente des auxiliaires de lutte biologique contre les cochenilles. Il s’agit de coccinelles du genre Chilocorus comme Chilocorus renipustulatus ou Chilocorus nigritus et Cryptolaemus montrouzieri.
    Une coccinelle prédatrice de cochenilles farineuses de l’espèce Cryptolaemus montrouzieri dévore des larves de cochenilles à rouge carmin de l’espèce Dactylopius coccus, sur un cactus à raquettes ou "figuier de Barbarie". Jardin de cactus de l’ïle de Lanzarote, Iles Canaries.
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    Cryptolaemus montrouzieri

    Ces espèces exotiques en provenance d’Australie ont été massivement relâchées ces dernières années par les horticulteurs désireux de se débarrasser des cochenilles farineuses. Il semble d’ailleurs que certaines de ces espèces de coccinelles se soient déjà acclimatées en Europe [1] [2] [3]. Lorsqu’une espèce introduite s’acclimate, elle peut malheureusement entrer en concurrence avec des espèces locales, comme l’a fait la coccinelle asiatique Harmonia axyridis qui pose maintenant problème aux viticulteurs [4]. Peu d’études scientifiques portent sur les risques liés à l’introduction de ces insectes, peut-être vaut-il mieux pour le moment jouer la prudence et se rabattre sur d’autres insectes auxiliaires originaires d’Europe.
    Parmi les agents de contrôle biologique exotiques, on trouve aussi une petite guêpe parasitoïde originaire d’Orient, probablement du Pakistan [5]. Cette guêpe du nom de Microterys flavus est susceptible de poser les mêmes problèmes que les coccinelles citées plus haut, même si les guêpes parasites sont souvent plus spécifiques à leurs hôtes que les coccinelles prédatrices.
    Mais ne vous découragez pas. Deux autres petites guêpes parasitoïdes de la cochenille farineuse Planococcus citri peuvent être trouvées dans le commerce et sont originaires d’Europe [6]. Ces deux petites guêpes répondent aux noms latins de Leptomastidea abnormis [7] et de Leptomastix dactylopii. Les femelles de ces deux espèces d’insectes parasites pondent leurs oeufs à l’intérieur des cochenilles. Leurs larves se développent en dévorant les cochenilles de l’intérieur, se transforment en nymphes dans la cochenille puis percent la cuticule de leur hôte pour sortir, se reproduire et pondre dans d’autres cochenilles. Le cycle de développement est rapide, ce qui permet généralement à ces petites guêpes de stabiliser ou de réduire la population de cochenilles.
    Enfin, et même si peu d’études scientifiques semblent le confirmer pour le moment, il est probable que les larves de différentes espèces de chrysopes naturellement présentes en Europe soient prédatrices de cochenilles farineuses. Il est possible de faciliter leur installation en plaçant des nichoirs à insectes à proximité de vos arbres fruitiers.

Une cochenille farineuse, cachée sous ses sécrétions cireuses blanches, prélève la sève d’une plante d’intérieur.
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Cochenille farineuse

Quel est le cycle de vie de la cochenille farineuse ?

Vouloir se débarrasser des cochenilles sur vos plantes ne doit pas vous empêcher de vous intéresser à ces étranges insectes. Chez les cochenilles farineuses Planococcus citri, les femelles adultes peuvent vivre plusieurs semaines, elles sont aptères (ne possèdent pas d’ailes) et ne se déplacent presque pas. Les mâles, eux, possèdent des ailes. Ils peuvent ainsi se disperser et aller féconder les femelles des autres populations. Leur durée de vie est très courte, elle serait de seulement quelques jours. D’ailleurs, ils ne se nourrissent même pas [8] ! Les femelles pondent de nombreux oeufs, dans des sortes de sacs qu’elles transportent à l’arrière de leur corps. Ces sacs sont appelés des "ovisacs" par les scientifiques. Une seule femelle peut pondre plus de 400 oeufs lorsque la température est idéale [9], c’est à dire autour de 18°c. Lorsque la température devient trop élevée (plus de 30°c), elles pondent moins d’une centaine d’oeufs. Les larves qui éclosent sont très mobiles et cherchent activement à se disperser. Elles prélèvent la sève des plantes et passent par trois stades larvaires (quatre stades pour les mâles) au cours de leur croissance. Des températures chaudes en dessous de 30°c peuvent les aider à se développer plus rapidement. Lorsqu’elles ont terminé leur croissance larvaire, elles se transforment en nymphes ou pupes et terminent leur développement. Après quelques semaines, elles effectueront leur dernière mue et seront à leur tour des individus adultes capables de se reproduire.


Références et définitions

[1Poutiers, R. (1922). L’acclimatation de Cryptolaemus montrouzieri Muls. dans le Midi de la France. In Annales des Epiphyties (Vol. 8, pp. 3-18).

[2Samways, M. J., Osborn, R., Hastings, H., & Hattingh, V. (1999). Global climate change and accuracy of prediction of species’ geographical ranges : establishment success of introduced ladybirds (Coccinellidae, Chilocorus spp.) worldwide. Journal of Biogeography, 26(4), 795-812.

[3Samways, M. J. (1989). Climate diagrams and biological control : an example from the areography of the ladybird Chilocorus nigritus (Fabricius, 1798)(Insecta, Coleoptera, Coccinellidae). Journal of Biogeography, 345-351.

[4Roy, H., Brown, P., & Majerus, M. (2006). Harmonia axyridis : A Successful Biocontrol Agent or an Invasive Threat ?. In An Ecological and Societal Approach to Biological Control (pp. 295-309). Springer Netherlands.

[5Bartlett, B. R., & Lagace, C. F. (1961). A new biological race of Microterys flavus introduced into California for the control of lecaniine coccids, with an analysis of its behavior in host selection. Annals of the Entomological Society of America, 54(2), 222-227.

[6Clausen, C. P. (1956). Biological control of insect pests in the continental United States (No. 1139). US Dept. of Agriculture.

[7L’espèce Leptomastidea abnormis était anciennement appelée Tanaomastix abnormis.

[8Gill, H. K., Goyal, G., & Gillett-Kaufman, J. (2012). Citrus Mealybug Planococcus citri (Risso)(Insecta : Hemiptera : Pseudococcidae). Florida Cooperative Extension Service, Institute of Food and Agricultural Sciences, University of Florida. Available on : edis. ifas. ufl. edu/in947 (Revised April 2013).

[9Goldasteh, S., Talebi, A. A., Fathipour, Y., Ostovan, H., Zamani, A., & Shoushtari, V. R. (2009). Effect of temperature on life history and population growth parameters of Planococcus citri (Homoptera, Pseudococcidae) on coleus [Solenostemon scutellarioides (L.) Codd.]. Archives of Biological Sciences, 61(2), 329-336.

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