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fourmis et insectes


La punaise diabolique

Hemiptera ; Heteroptera ; Pentatomidae ; Halyomorpha halys

D’où vient la punaise diabolique ? Que fait-elle au jardin et de quoi se nourrit-elle ? Voici toutes les réponses à vos questions sur cet insecte invasif de plus en plus présent en France...

D’où vient la punaise diabolique ? Où en est l’invasion ?

Halyomorpha halys est une grande punaise invasive surnommée punaise diabolique ou punaise diabolique puante (en raison de l’odeur désagréable qu’elle émet, comme les autres punaises de la famille des Pentatomidae) et punaise brune marbrée en anglais ("Brown marmorated stink bug"). Originaire d’Asie de l’Est (extrême Orient), elle a colonisé les Etats-Unis dans les années 2000 [1] avant d’être détectée pour la première fois en Europe à proximité de la ville de Zurich en Suisse au cours de l’année 2007 [2]. Il aura fallu moins de 10 ans à la punaise diabolique pour se disperser sur presque l’ensemble du territoire Nord-Américain. Cette espèce aurait connu une explosion démographique en 2010, et serait responsable de nombreuses pertes agricoles aux Etats-Unis. La punaise diabolique est en effet très polyphage, ce qui signifie qu’elle peut se nourrir de la sève de très nombreuses espèces de plantes. Elle est en particulier redoutée dans les vergers où elle s’attaque aux arbres à fruits à pépins et à noyaux comme les pommiers, cerisiers, abricotiers, pruniers et pêchers, ainsi que dans les champs de cultures vivrières où elle s’en prend au maïs doux, aux tomates et aux poivrons et au raisin des vignobles. Dans les champs de céréales, elle se nourrirait en particulier du maïs non destinés à la consommation humaine et de soja. Dans les jardins des particuliers, on peut la rencontrer au potager sur les légumes, sur les plantes ornementales (buddleias, Pyracantha, chèvrefeuilles,...) et sur les fruits rouges [3].

Halyomorpha halys a été découverte en France en été 2012 près de Strasbourg en Alsace [4]. Elle a depuis été trouvée à Paris et dans le Sud de la France. Pour suivre l’invasion de la France par la punaise diabolique, le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) ont d’ailleurs lancé un appel à participation [5]. L’INRA note par ailleurs que les dégâts causés par cette punaise n’ont pour le moment pas été observés en France. D’ailleurs, l’impact de l’insecte pourrait être relativisé, puisqu’on lui reproche principalement de laisser des taches blanches sur les fruits...

En dehors de son impact sur l’agriculture, il faut aussi noter que, comme pour les autres espèces invasives, la punaise diabolique risque de poser problème pour les autres punaises autochtones. En entrant en compétition avec ces dernières, pour la nourriture ou les sites d’hibernation, la punaise diabolique pourrait porter atteinte à la biodiversité.

Photographie de la punaise diabolique, prise par Yerpo [6] :

Macrophotographie d’une punaise diabolique (Halyomorpha halys) prise par Yerpo (CC 3).
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Punaise diabolique

Quel est le cycle de vie de la punaise diabolique ?

Quand elle sent que l’hiver pointe le bout de son nez, la punaise diabolique quitte les plantes de nos jardins pour se trouver un nid douillet où passer l’hiver. Les abris de jardins, caves, garages, tas de bois et même nos maisons sont les endroits privilégiés par la punaise diabolique pour passer l’hiver au chaud. Au printemps, vers le mois d’Avril, les punaises quittent leurs sites d’hibernation et retournent aux jardins sur leurs plantes hôtes et se nourrissent de sève jusqu’au mois de Mai. Elles s’accouplent alors et se tiennent durant plusieurs heures par l’extrémité de leur abdomen. Après l’accouplement, les femelles pondent leurs oeufs, par petits groupes de 20 ou 30 oeufs, directement sous les feuilles des plantes. Du mois de Juin au mois d’Août, elles peuvent ainsi pondre entre 50 et 150 oeufs [7] ! Lorsque les oeufs éclosent, de petites larves à l’aspect épineux apparaissent et commencent à se nourrir. Elles grandissent assez rapidement et se nourrissent alors de fruits comme la pomme que les jeunes larves de punaises percent avec leur rostre [8]. A la fin de leur croissance, quand les jeunes punaises diaboliques sont sur le point de réaliser leurs dernières mues avant d’être totalement adultes, elles quittent les pommes et vont se nourrir sur différentes espèces de plantes ornementales qui produisent de petites baies. Elles deviennent ensuite adultes au début de l’automne et cherchent un endroit où passer l’hiver, et le cycle recommence.

Parmi les prédateurs naturels de la punaise diabolique, on trouve différentes espèces d’araignées et de fourmis, ainsi que les larves de chrysopes. Il existe aussi plusieurs petites guêpes solitaires (Telenomus spp, Anastatus spp) et des mouches (de la famille des Tachinidae) parasites de la punaise diabolique

Comment reconnaître la punaise diabolique, quelles sont ses différences avec les autres punaises ?

En France, il est possible de confondre la punaise diabolique Halyomorpha halys avec d’autres punaises que l’on trouve dans nos jardins et particulièrement avec la punaise nébuleuse Rhaphigaster nebulosa ou avec et les punaises du genre Holcostethus qui sont naturellement présentes dans les jardins. Rhaphigaster nebulosa possède trois taches blanches bien distinctes sur les antennes, et ses ailes membraneuses (visibles à l’extrémité de l’abdomen) possèdent de petites taches rondes de couleur noire. Chez la punaise diabolique Halyomorpha halys, les antennes possèdent deux taches blanches collées ensemble et une autre tache blanche un peu plus loin. Les taches sur les ailes sont aussi plus sombres et sont ovales [9]. Les punaises du genre Holcostethus se distinguent plus facilement de la punaise diabolique car elles sont brunes avec une tache beige au milieu de l’abdomen et que leurs antennes sont jaunes rayées de noir.

Photo de la punaise grise ou punaise nébuleuse, à ne pas confondre avec la punaise diabolique :

Macrophotographie sur fond blanc d’une punaise grise ou punaise nébuleuse (Rhaphigaster nebulosa) vue de dessus. On distingue bien la ponctuation ronde de ses ailes membraneuses et les trois taches blanches sur les antennes.
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Punaise nébuleuse

Que faire pour lutter contre la punaise diabolique ?

Comme l’identification est difficile et que l’on ne sait pas encore si cette punaise cause de réels dégâts en France, il est plus prudent de ne rien faire pour le moment. Construire et utiliser des pièges à punaises pourrait être dangereux puisqu’ils pourraient faciliter l’installation de la punaise diabolique : si le piège attrape la punaise nébuleuse plus facilement que la punaise diabolique, celle-ci aura le champ libre pour coloniser votre jardin !


Références et définitions

[1Hoebeke, E. R., & Carter, M. E. (2003). Halyomorpha halys (Stål)(Heteroptera : Pentatomidae) : a polyphagous plant pest from Asia newly detected in North America. Proceedings of the Entomological Society of Washington, 105(1), 225-237.

[2Wermelinger, B., Wyniger, D., & Forster, B. (2008). First records of an invasive bug in Europe : Halyomorpha halys Stal (Heteroptera : Pentatomidae), a new pest on woody ornamentals and fruit trees ?. Mitteilungen-Schweizerische Entomologische Gesellschaft, 81(1/2), 1.

[3Leskey, T. C., Hamilton, G. C., Nielsen, A. L., Polk, D. F., Rodriguez-Saona, C., Bergh, J. C., ... & Wright, S. E. (2012). Pest status of the brown marmorated stink bug, Halyomorpha halys in the USA. Outlooks on Pest Management, 23(5), 218-226.

[4Callot, H., & Brua, C. (2013). Halyomorpha halys (Stål, 1855), la Punaise diabolique, nouvelle espèce pour la faune de France (Heteroptera Pentatomidae). L’Entomologiste, 69(2), 69-71.

[5Première détection de Halyomorpha halys en France, appel à participation INRA.

[6Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

[7Funayama, K. (2002). Oviposition and development of Halyomorpha halys (Stal) and Homalogonia obtusa (Walker)(Heteroptera : Pentatomidae) on apple trees. Japanese Journal of Applied Entomology and Zoology, 46(1), 1-6.

[8Funayama, K. (2004). Importance of apple fruits as food for the brown-marmorated stink bug, Halyomorpha halys (Stal)(Heteroptera : Pentatomidae). Applied entomology and zoology, 39(4), 617-623.

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