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Ces abeilles naturellement résistantes au Varroa destructor

Apis mellifera et la recherche en apiculture
mercredi 29 mai 2019par La fourmi

Les apiculteurs sont contraints d’utiliser des traitements chimiques dans leurs ruches pour lutter contre un petit acarien parasite de l’abeille, le Varroa destructor. Des recherches récentes tentent de comprendre pourquoi certaines colonies d’abeilles sont naturellement résistantes aux varroas. Des scientifiques pensent avoir identifiés certaines gènes responsables de la résistance aux varroas et nous en disent un peu plus sur comment ces gènes fonctionnent. Ces travaux permettront peut-être aux apiculteurs de sélectionner plus facilement des lignées d’abeilles résistantes aux varroas.

Cela fait presque 40 ans que le Varroa destructor, un acarien parasite de l’abeille, est arrivé en Europe depuis l’Asie [1]. Pour protéger leurs ruches, les apiculteurs utilisent diverses techniques permettant de limiter le nombre de varroas. En grande majorité, les apiculteurs traitent leurs ruches avec des acaricides également nocifs pour les abeilles [2] [3] [4]. D’autres créaient des essaims sans larves, retirent les larves d’abeilles mâles qui contiennent beaucoup de varroas, ou empêchent la reine de pondre durant quelques jours [5] [6], car le varroa ne peut se reproduire qu’en présence de larves d’abeilles [7]. Mais toutes ces techniques demandent beaucoup de travail, peuvent retarder le développement des colonies d’abeilles et comportent un risque de tuer la reine par accident ou de la perdre lors des manipulations.

Cette photo macro montre un acarien parasite de l’Abeille Apis mellifera, le Varroa destructor. On y voit les pattes de l’acarien rouge en gros plan.
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Photos en gros plan de Varroa destructor, un parasite de l’abeille

Alors des chercheurs de nombreuses universités à travers le monde tentent de sélectionner des lignées d’abeilles naturellement résistantes au varroa [8] [9] [10] [11], mais cela est très difficile, en particulier car jusqu’à récemment les mécanismes et gènes responsables de la résistance au varroa étaient assez mal compris.

Des travaux récents révèlent maintenant en détail comment les abeilles peuvent résister aux varroas. Dans certaines colonies, les abeilles parviennent à détecter quelles larves sont infectées et s’en débarassent en les tirant hors de la ruche. Ces lignées d’abeilles sont appelées abeilles hygiéniques parce qu’elles nettoient la ruche des larves infestées de varroas [12].

Deux abeilles sociales à l’entrée d’une ruche.
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Deux abeilles à l’entrée d’une ruche

Il existe un second type d’abeilles résistantes au varroa. Ces abeilles suppriment ou retardent le développement des varroas [13], et jusqu’à présent on ne savait pas vraiment comment elles s’y prennaient. Des chercheurs belges, hollandais et suisses se sont associés pour étudier ces abeilles et essayer de comprendre quels sont les gènes de ces abeilles qui permettent de limiter le développement des varroas [14]. Ils ont pour cela réalisé plusieurs croisements de lignées d’abeilles résistantes et ont comparé les gènes de colonies d’abeilles plus ou moins résistantes au varroa. Il semblerait que les larves d’abeilles résistantes aux varroas émettent moins d’odeurs (phéromones) que les abeilles non résistantes. Ces odeurs sont essentielles au varroa : les femelles varroa ne développent leurs oeufs que si elles sentent ces odeurs qui indiquent que des larves d’abeilles sont prêtes à être parasitées. En limitant la production de ces odeurs, les abeilles empêcheraient donc les varroas femelles de développer leurs oeufs.

Ces résultats sont très prometteurs car ils pourraient permettre aux apiculteurs de sélectionner plus facilement des lignées d’abeilles résistantes au varroa ou de développer des méthodes de lutte plus efficaces contre le varroa.

Cet article est agrégé au site du Café des Sciences


Références et définitions

[1Oldroyd, B.P., 1999. Coevolution while you wait : Varroa jacobsoni, a new parasite of western honeybees. Trends in Ecology & Evolution, 14(8), pp.312-315.

[2Colin, T., Lim, M.Y., Quarrell, S.R., Allen, G.R. and Barron, A.B., 2019. Effects of thymol on European honey bee hygienic behaviour. Apidologie, pp.1-12. PDF.

[3Colin, T., Meikle, W.G., Paten, A.M. and Barron, A.B., 2019. Long-term dynamics of honey bee colonies following exposure to chemical stress. Science of The Total Environment. PDF.

[4Tihelka, E., 2018. Effects of synthetic and organic acaricides on honey bee health : a review. Slovenian Veterinary Research, 55(3).

[5Giacomelli, A., Pietropaoli, M., Carvelli, A., Iacoponi, F., & Formato, G. (2016). Combination of thymol treatment (Apiguard®) and caging the queen technique to fight Varroa destructor. Apidologie, 47(4), 606-616.

[6Calis, J. N. M., Boot, W. J., Beetsma, J., Van Den Eijnde, J. H. P. M., De Ruijter, A., & Van Der Steen, J. J. M. (1999). Effective biotechnical control of varroa : applying knowledge on brood cell invasion to trap honey bee parasites in drone brood. Journal of apicultural research, 38(1-2), 49-61.

[7Ramírez B, W. and Otis, G.W., 1986. Developmental phases in the life cycle of Varroa jacobsoni, an ectoparasitic mite on honeybees. Bee world, 67(3), pp.92-97.

[8Le Conte, Y., De Vaublanc, G., Crauser, D., Jeanne, F., Rousselle, J. C., & Bécard, J. M. (2007). Honey bee colonies that have survived Varroa destructor. Apidologie, 38(6), 566-572.

[9Büchler, R. (1994). Varroa tolerance in honey bees—occurrence, characters and breeding. Bee World, 75(2), 54-70.

[10Harbo, J. R., & Hoopingarner, R. A. (1997). Honey bees (Hyntenoptera : Apidae) in the United States that express resistance to Varroa jacobsoni (Mesostigmata : Varroidae). Journal of Economic Entomology, 90(4), 893-898.

[11Bienefeld, K. Breeding Success or Genetic Diversity in Honey Bees ? Bee World 93, 40–44 (2016).

[12Mondet, F., Kim, S. H., De Miranda, J. R., Beslay, D., Le Conte, Y., & Mercer, A. R. (2016). Specific cues associated with honey bee social defence against Varroa destructor infested brood. Scientific reports, 6, 25444.

[13Locke, B., Conte, Y. L., Crauser, D., & Fries, I. (2012). Host adaptations reduce the reproductive success of Varroa destructor in two distinct European honey bee populations. Ecology and evolution, 2(6), 1144-1150.

[14Broeckx, B. J. G. ; De Smet, L. ; Blacquière, T. ; Maebe, K. ; Khalenkow, M. ; Van Poucke, M. ; Dahle, B. ; Neumann, P. ; Bach Nguyen, K. ; Smagghe, G. ; et al. Honey Bee Predisposition of Resistance to Ubiquitous Mite Infestations. Sci. Rep. 2019, 9 (1), 7794. https://doi.org/10.1038/s41598-019-44254-8.

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