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Il faut donner des repères aux abeilles pour les protéger des maladies


Comment organiser au mieux un rucher pour les abeilles

mardi 18 mai 2021 à 07:30 par Théo

Les abeilles sociales ont de nombreux soucis de santé. Des virus, des bactéries et des champignons, la liste des maladies qui touchent les abeilles est longue. Tout comme celle des parasites et prédateurs des abeilles, en particulier un acarien (le varroa), le frelon asiatique et des petits coléoptères. Ce n’est cependant pas peine perdue : des scientifiques ont démontré qu’il est possible d’améliorer la santé des abeilles tout simplement en les aidant à retrouver leur ruche. Voici comment organiser un rucher pour éviter les maladies et aider les abeilles.

Pourquoi les abeilles sont en mauvaise santé ?

La santé des abeilles sociales, celles qui nous fournissent le miel et pollinisent nos cultures, continue de se dégrader. Il y a avant tout les insecticides, que l’on pulvérise sur les champs et les vergers et que les abeilles ingèrent avec le nectar ou le pollen. Et dans l’eau aussi, que les abeilles boivent parfois dans les flaques des champs pour refroidir la ruche en été. Et puis il y a aussi le manque de fleurs sauvages, à cause des villes et des monocultures. Mais en plus de tout cela, les abeilles ont de très nombreuses maladies et parasites [1].

La liste des maladies et parasites des abeilles s’allonge de jours en jours à cause de la mondialisation, qui distribue maladies et parasites de par le monde. Il est donc de plus en plus difficile pour les apiculteurs et apicultrices d’aider leurs abeilles. Avec les pesticides et le manque de fleurs, cela commence à faire beaucoup, et les apiculteurs et apicultrices comme les abeilles en ont assez.

Alors des scientifiques américains se sont demandés s’ils pouvaient améliorer la santé des abeilles non pas avec des traitements, mais en réduisant les contaminations [2]. Il arrive que les abeilles s’égarent et rentrent dans la mauvaise ruche, transportant parfois avec elles des maladies et des parasites. L’idée des scientifiques est d’aider les abeilles à retrouver leur ruche pour qu’elles évitent de se contaminer.

Photo d’un rucher montrant des ruches de mêmes tailles, de couleurs similaires et rapprochées, des conditions qui augmentent le nombre d’abeilles allant dans la mauvaise ruche. JPEG - 139.9 ko
Un rucher en montagne

Quoi ? Une abeille peut se tromper de ruche ?

Eh oui ! Une abeille peut se tromper de ruche. Cela arrive souvent même. Surtout quand il y a de nombreuses ruches de même taille ou de même couleur qui sont toutes orientées de la même manière et très serrées les unes contre les autres.

Les yeux d’une abeille sont très petits, et si deux ruches et le paysage derrière se ressemblent, elles ont du mal à reconnaître leur ruche. Dans ce cas elles choisissent une ruche au hasard et tentent d’y rentrer pour déposer la lourde charge de nectar et de pollen qu’elles viennent de récolter.

Que se passe-t-il quand une abeille se trompe de ruche ?

Les abeilles de différentes ruches se reconnaissent par leur odeur. Lorsqu’une abeille se trompe de ruche et tente de rentrer dans la mauvaise ruche, il peut lui arriver deux choses très différentes. Soit elle se fait repousser à l’entrée, soit elle parvient à rentrer dans la mauvaise ruche. Ce deuxième cas de figure arrive assez souvent même, puisqu’après tout pourquoi repousser une abeille qui apporte à manger ! Dans les deux cas, ces abeilles rentrent en contact et sont susceptibles de se transmettre maladies et parasites.

Les contaminations sont encore plus importantes lorsqu’il y a trop peu de nectar pour que les abeilles puissent manger à leur faim. Quand une colonie d’abeilles ne trouve pas assez de nectar, elle peut attaquer une autre ruche pour lui voler ses réserves de miel ! Forcément dans ce cas, de très nombreuses abeilles des deux colonies rentrent en contact et se transmette des parasites, virus et autres bactéries.
L’idée des scientifiques est qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Dans leur étude parue en anglais en 2019, ils démontrent qu’il est possible d’aider les abeilles à retrouver leurs ruches. Il suffit juste d’améliorer les repères visuels dans le rucher. Cela peut être fait de trois manières différentes :
- en espaçant les ruches de plus de 10m les unes des autres
- en orientant les ruches différemment (le paysage derrière la ruche sera alors très différent, ce qui donne des repères aux abeilles). Par exemple les ruches peuvent être placées en cercle avec les entrées orientées vers l’extérieur du cercle
- en peignant les ruches de couleurs différentes, ou en dessinant des formes différentes sur chaque ruche

Dans l’expérience menée par les scientifiques, cette simple modification des ruchers a réduit la mortalité des ruches en hiver de presque 20%. Les ruches plus espacées et placées en cercle ont aussi produit 10 cadres de miel en plus en Juillet que les ruches placées les unes à côté des autres et orientées de la même manière.

Les scientifiques ont aussi comparé le nombre d’abeilles qui se trompait de ruches : celui-ci était trois fois plus élevé dans un rucher classique avec des ruches proches et orientées de la même manière que dans un rucher en cercle avec des ruches espacées.

Malgré tout, le placement des ruches en cercle n’est pas parfait. Dans l’expérience des scientifiques, certaines abeilles entraient tout de même dans la mauvaise ruche, même lorsque les ruches étaient espacées et orientées différemment. Et la distance entre les ruches complique parfois les opérations des apiculteurs.

Mais ces résultats sont encourageants et suggèrent qu’espacer les ruches les unes des autres et les orienter différemment pourrait être un moyen facile et efficace d’améliorer la santé des abeilles. Cela pourrait aussi aider les abeilles à produire un peu plus de miel, peut-être parce qu’elles sont en meilleur santé !

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Références et définitions

[1Dans ces maladies, on retrouve des virus (virus de déformation des ailes, virus de paralysie, …), des champignons (nosémose, couvain plâtré) et des bactéries (loque américaine, loque européenne). Du côté des parasites, il y a des mites qui mangent la cire, le pollen et le miel, et des coléoptères qui se nourrissent des larves ou des réserves des abeilles (petits coléoptères de la ruche) et puis des acariens (le varroa). Nombre d’entre eux sont invasifs et sont arrivés en Europe au cours des 50 dernières années.

[2Dynes, T. L., Berry, J. A., Delaplane, K. S., Brosi, B. J., & de Roode, J. C. (2019). Reduced density and visually complex apiaries reduce parasite load and promote honey production and overwintering survival in honey bees. PLoS One, 14(5), e0216286.

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