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Le charançon ou "balanin" du chêne

Coleoptera ; Curculionidae ; Curculio glandium

Les charançons ont mauvaise presse... mais à qui le charançon du chêne porte-t-il préjudice ? Et comment peut-on le distinguer des autres espèces forestières du genre Curculio ?

Voici un charançon qui passe la plupart du temps inaperçu. Curculio glandium, le charançon ou "balanin" du chêne. En effet, contrairement à Curculio elephas qui pond dans les châtaignes (et parfois aussi dans les glands), ou à Curculio nucum dont les larves se développent dans les noisettes, notre charançon du chêne ne s’attaque pas à une ressource que nous aurions l’idée de consommer. Il ne pond que dans les glands, et est en réalité plutôt discret.

Une photo de profil du charançon du chêne, sur fond blanc. L’individu est une femelle (les antennes sont insérées à proximité de la tête et le rostre est très long).
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Curculio glandium, charançon du chêne

Quand les glands commencent tout juste à se former, les femelles de Curculio glandium utilisent leur rostre comme une perceuse : elles le plantent dans la cuticule du gland puis tourner sur elles-mêmes pour forer un trou qui leur permettra de déposer un oeuf. Lorsque le gland tombe, la larve a généralement fait assez de réserve pour se transformer en nymphe. Elle creuse à son tour un trou de sortie et s’enterre dans le sol. Une fois dans le sol, elle construit une petite logette à l’aide de sa salive et de débris végétaux, puis attends le retour du printemps pour sortir le bout de son rostre. Et le cycle recommence.

Photographie macro sur fond blanc d’une femelle de balanin du chêne. On voit clairement que le rostre est presque aussi long que le reste du corps chez ce coléoptère.
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Balanin du chêne, Curculio glandium

Le charançon du chêne peut-il poser problème ?

Les forêts étant très étudiées par les scientifiques, le charançon du chêne n’a pas échappé aux yeux des entomologistes. Oui, mais que lui reprocher ? Certes, certaines études ont montré que notre charançon pouvait occuper entre 86 et 95% des glands de Quercus petraea, aussi appelé chêne sessile ou chêne rouvre. Mais cela ne signifie pas pour autant que nos forêt de chênes sont menacées [1] : si tous les glands germaient, les chênes finiraient de toute façon par rentrer en compétition et certains d’entre eux n’y survivraient pas. Les chiffres du nombre de glands infestés par les charançons sont par ailleurs extrêmement variables et généralement bien en-dessous des 95%. Certains auteurs trouvent ainsi 3% au Canada [2], et d’autres 10% en Algérie [3]).

Une macrophotographie sur fond blanc du rostre et de la tête du balanin du chêne, un charançon dont les vers se développent dans les glands.
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Curculio glandium, le balanin du chêne

Comment identifier Curculio glandium  ?

L’identification est en réalité très difficile car il existe plusieurs espèces de charançon du chêne qui sont extrêmement proches. Le charançon du chêne peut par exemple être trouvé en compagnie de Curculio elephas, le charançon des châtaignes. Ce dernier est cependant facile à identifier des autres charançons du même genre car il est généralement plus clair et plus grand [4]. Pour les autres charançons, l’affaire se complique. Entre Curculio nucum et Curculio glandium, la distinction peut se faire au niveau du ratio longueur/largeur des segments antennaires, mais elle est difficile (l’article antennaire situé juste avant la massue est presque aussi long que large chez Curculio nucum, il est près de deux fois plus long que large chez les femelles de C. glandium mais cette différence est moins visible chez les mâles [5]).
On peut également le distinguer de quatre espèces, C. villosus, C. crux, C. salicivorus et C. pyrrhoceras qui possèdent un corps entièrement sombre, noir ou grisâtre.
Il reste maintenant à le différencier de plusieurs espèces comme C. pellitus, C. venosus qui possèdent un écusson blanchâtre (le petit triangle entre les élytres et le thorax) alors que l’écusson est roux ou beige chez C. glandium). Et il faudra enfin le distinguer de C. undulatus et C. cerasorum (=Curculio betulae) qui ne possèdent pas d’épines sur le profémur [6] [7] contrairement à notre charançon.
Bonne chance !


Références et définitions

[1Crawley, M. J. (1989). Insect herbivores and plant population dynamics. Annual review of entomology, 34(1), 531-562.

[2Jobin & Perron. 2009. Charançon capturés par la guêpe Cerceris halone et dégâts qu’ils causent aux glands du chêne rouge. Le Naturaliste Canadien. Vol 133 n°1.

[3BOUCHAOUR-DJABEUR, S., BENABDELI, K., BEJEMAA, M., & STITI, B. (2011). Déprédation des glands de chêne liège par les insectes et possibilités de germination et de croissance de semis. Geo-Eco-Trop, 35, 69-80.

[7Hoffmann, A. (1954). Faune de France : Coléoptères curculionides, Deuxième partie.728p.

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