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fourmis et insectes

Photographier les insectes en macro

mercredi 13 juin 2012 par L@ fourmi

Cet article vous propose différents choix de matériels adapté à la macrophotographie en fonction de votre budget photo. De la macrophoto réalisée avec un compact et une loupe à l’appareil photo réflex avec l’objectif macro adapté, en passant par les meilleurs choix de compléments optiques, vous devriez trouver des conseils de choix de matériel adaptés !

Diablotin de Provence
Photo de l’Empuse commune ("diablotin de Provence")

J’ai avant tout commencé la macrophotographie en me concentrant sur les fourmis. Photographier les fourmis nécessite des techniques et un matériel spécifique. Les fourmis sont en effet souvent présentes sur le sol, sous les pierres ou sous les feuilles des plantes. De plus, ce sont des insectes qui ne cessent presque jamais de bouger et qui savent se déplacer rapidement.

L’article vise à donner des exemples d’équipement permettant de comprendre ce qu’il est possible d’utiliser comme matériel pour réaliser des macrophotographies.

Le matériel

Macrophotographies pour moins de 100€

Pour ce budget là, il s’agit bien de bricolage permettant principalement de photographier des insectes morts et immobiles à l’aide d’une lampe et de petits appareils photos compacts. Les résultats ne sont pas exceptionnels et il convient de l’essayer avant l’achat, ou d’utiliser un matériel déjà en votre possession.

A moins de 100€, il est possible de trouver des appareils photo compacts permettant une mise au point "spécial macro" sur des objets très proches, parfois à "0 centimètres". On peut ainsi photographier de petits animaux (grenouilles, rongeurs) et de gros insectes lents (lucanes,...) à l’extérieur sans trop de difficulté. Mais pour la plupart des insectes, le grossissement reste trop faible.

Photographies réalisées avec un appareil compact :
Lucane cerf-volant
Lucane [1] photographiée avec un Canon DIGITAL IXUS 70.

J’avais à ma disposition une loupe binoculaire Novex AP-8 sur laquelle je pouvais fixer mon petit compact Canon Powershot A520.

Une loupe binoculaire neuve coûte cher, mais de nombreuses personnes intéressées par la nature en possèdent déjà.

En plaçant l’objectif du compact contre un des deux oculaires, on peut zoomer et obtenir des images d’insectes morts à fort grossissement.

Reine de fourmi porte
Photo de Camponotus truncatus [2] (fourmi) photographiée à l’aide d’un Canon Powershot A520 et d’une loupe binoculaire.

Gros plan sur les cellules d'une aire de criquet
Aile d’un criquet [3] au grossissement *40 photographiée à l’aide d’un Canon Powershot A520 et d’une loupe binoculaire.

De petits monoculaires ou "zoom de poches" éclairés à l’aide d’une petite lampe à LED, utilisés par les entomologistes sur le terrain, peuvent être détournées de leurs fonctions. On peut, comme avec une binoculaire, approcher l’objectif de l’appareil photo compact pour prendre en photo des insectes morts. La petite lampe LED apporte généralement assez de lumière pour éclairer le sujet. La qualité des photos est faible mais devrait vous permettre un grossissement suffisant pour faire identifier l’insecte que vous avez pris en photo.

On trouve aussi de petites loupes de terrain (ou "doublet") qui grossissent plus ou moins fortement. Placées devant l’objectif du compact, elles permettent d’obtenir un grossissement assez important tout en restant maniables pour faire des photos d’insectes vivants.

Il y a de nombreux problèmes liés à l’utilisation d’un compact. Par exemple le temps que met l’appareil photo à se déclencher et le manque de lumière qui se traduit souvent par une photo floue.

Il est possible de bricoler un petit diffuseur de flash (voir plus bas) adapté à votre compact pour améliorer le résultat.

Entre 200 et 500€

Pour ce budget, il est possible d’acheter un petit bridge et quelques compléments optiques ou de commencer à songer à un réflex. Un bridge est un appareil qui possède un viseur numérique et dont on ne peut pas changer l’objectif, contrairement au réflex qui a un viseur optique et des objectifs interchangeables.


Bridge Canon Powershot S5IS.

Il s’agit toujours de bricolage. Mais il est beaucoup plus facile de prendre des photos très correctes en extérieur. Avec de l’entrainement il est possible de prendre de plus belles photos que certains possesseurs de réflex hors de prix...

La grande sauterelle verte : Tettigonia viridissima
Tettigonia viridissima [4] (Grande sauterelle verte) prise avec un Canon Powershot S5IS.

La meilleure technique est celle du 50mm inversé. Il s’agit de récupérer un vieil objectif de 50mm de grande ouverture (on peut ouvrir le diaphragme très largement) et de le tenir à l’envers, collé contre l’objectif du bridge. Le 50mm est alors utilisé comme une très grosse et très large loupe de grande qualité. Cependant, l’utilisation de cette technique se traduit souvent par une perte de luminosité. Il faut alors utiliser un flash et un petit réflecteur en papier pour éviter les zones d’ombres créées par l’objectif et le 50mm inversé.

Il existe des bagues d’inversion qui permettent de fixer le 50mm à l’envers, mais elles sont difficiles à trouver.

Le principal défaut de cette technique est l’apparition d’un rond noir (on parle de vignetage) autour de la photo, qui correspond aux bords du 50mm. L’image est également fortement déformée.

tête et thorax de syrphe
Oeil de syrphe [5] photographié avec un bridge Canon Powershot S5IS + objectif Nikon 50mm inversé + diffuseur/réflecteur bricolé en papier

Il existe aussi des bonnettes avec une fixation inversée ou en pas de vis. La Raynox DCR-250 Macro par exemple, peut être fixée grâce aux crochets inversés sur certains objectifs de Bridges lorsqu’ils sont assez larges.
Une bonnette est une grosse loupe de bonne qualité qui limite la déformation de l’image et des couleurs. Il existe parfois des adaptateurs : la bague LA-DC58E prévue pour fixer un pare-soleil sur le Canon Powershot S5IS convient aussi pour y adapter la bonnette Raynox DCR-250 Macro.

Avec une bonnette, le grossissement est plus faible qu’avec un 50mm. L’image est moins déformée en bordure. Il est par contre difficile de trouver des adaptateurs pour les bridges.

Coccinelle et fourmis
Fourmis et coccinelles photographiées [6] avec un bridge Canon Powershot S5IS + Raynox DCR-250 Macro + LA-DC58E + diffuseur/réflecteur bricolé en papier.

Plus de 400€

A partir de là, il vaut souvent mieux commencer à s’équiper petit à petit en matériel réflex. Un réflex bas de gamme et son objectif de base ainsi qu’une petite bague allonge, une bonnette ou un 50mm inversé avec un réflecteur bricolé peuvent être efficaces. A vous d’essayer !

Pour ma part, je possède désormais un appareil photo réflex D3000 ainsi que l’objectif macro Nikkor 105mm et un vieux flash "cobra". J’ajoute parfois un réflecteur en papier ou un réflecteur gonflable "photoflex" sur le flash.


Réflex Nikon D3000.


Objectif Nikkor 105mm Macro de Nikon.


Vieux flash cobra Nikon-SB26 d’occasion.

En fonction de la taille du sujet, j’utilise parfois une ou plusieurs bagues allonge (20+12+36mm) et rarement (pour les acariens par exemple) la bonnette Raynox DCR-250 Macro en supplément.

Térébrant parasite
Térébrant du genre Gasteruption [7] photographiée avec un réflex Nikon D3000 + Nikkor 105mm macro + Flash cobra avec un petit réflecteur.

Les différents solutions pour obtenir un fort grossissement :

bagues allonges bonnettes 50mm inversé
faciles à utiliser faciles à utiliser difficile à manier
peu fragiles fragile fragile
bonne qualité perte de qualité qualité variable
assombrissement vignetage fort vignetage
aberrations aberrations fortes aberrations en bordure

Cataglyphis bombycina
Fourmi Cataglyphis bombycina [8] sur fond blanc photographiée avec un réflex Nikon D3000 + Nikkor 105mm macro + 56mm de bagues allonges + Flash cobra avec réflecteurs + 2 lampes à LED de bureau.

On peut également utiliser un soufflet (mais il s’agit d’un complément optique fragile et peu maniable) ou un multiplicateur de focale (plus onéreux). Parfois il n’est pas utile de grossir beaucoup, l’objectif macro Nikkor 105mm permet déjà d’obtenir un rapport 1:1 (comprendre, 1cm dans la vraie vie correspond à 1cm sur le capteur).

Lorsque l’on acquiert un objectif macro coûteux, il est préférable d’acheter un filtre UV pour protéger l’objectif (un accident est vite arrivé en macrophotographie). Des batteries supplémentaires seront également utiles.

Les réglages de l’appareil

Les réglages dépendent de l’optique et des compléments utilisés. Dès lors quel’on utilise un flash avec réflecteur (et c’est presque indispensable) il faut régler manuellement votre appareil.

En macrophotographie, on souhaite généralement utiliser la sensibilité (ISO) la plus faible pour éviter le bruit numérique. On commence donc par la régler au minimum.
Après, en fonction du rendu que l’on souhaite obtenir, on peut vouloir fermer le diaphragme (la zone de netteté est plus grande) ou l’ouvrir (on obtient une zone de netteté plus faible, souvent les fonds sont plus jolis mais l’insecte est moins détaillé). Généralement, rester entre F8 et F16 permet d’obtenir de bons résultats.
Il faut enfin régler la vitesse d’obturation : en dessous de 1/80s l’image sera floue, au dessus de 1/200s, il n’est souvent plus possible de synchroniser le flash et on perd trop de lumière.
Il faut enfin régler le flash jusqu’à ce que l’image soit assez lumineuse. S’il n’est pas assez puissant ou si il éclaire trop, il faut modifier les différents paramètres pour obtenir la luminosité souhaitée.

Des petits miroirs ou des feuilles de papiers réfléchissant le flash ou la lumière du soleil permettent d’obtenir une lumière plus naturelle.

Il est possible de mesurer la balance des blancs avant de réaliser une photo, cela permet entre autres de prendre en compte la coloration due à votre flash. Dans un premier temps, ce réglage complique la vie : il faut le répéter entre chaque série de photos.

Certains appareils proposent d’afficher la "règle des tiers" à l’écran. En résumé, si vous placez le sujet à l’intersection de deux des droites visibles à l’écran, votre photo paraîtra mieux cadrée. En effet, l’oeil s’arrête plus longtemps sur ces points.

Raw ou JPG ?

Sur les appareils photos réflex, il vous est possible d’enregistrer la photo en plusieurs formats. Le format RAW, de meilleure qualité et plus facile à retoucher, ainsi que le format JPG qui est plus léger mais peu maniable.

Pour ma part, j’enregistre en RAW(+JPG basse qualité afin de pouvoir visionner les photos rapidement sur mon ordinateur lorsque je les trie). J’exploite le fichier RAW à l’aide de Photoshop.

Merci à MichaëlM pour sa remarque :

Il est tout à fait possible de modifier les fichiers RAW sur Gimp, qui est libre et gratuit, avec Ufraw, lui aussi libre et gratuit, sur Windows, Mac, GNU/Linux etc.

Enregistrer en RAW oblige à s’équiper en cartes mémoires et disques dur... encore des coûts supplémentaires !

Je classe mes photos dans une arborescence de dossiers de type année/mois/jour + description rapide afin de retrouver rapidement les photos. J’ajoute un petit fichier texte pour y noter l’identification et le lieu.

Le flash et le réflecteur

Il existe des flashs adaptés à la macrophotographie (flash annulaire, kit Nikon R1, Canon MT 24EX) mais ils sont très chers. Utiliser un flash cobra ou le flash basique de l’appareil photo est possible en utilisant un réflecteur.

Le réflecteur est un élément essentiel lorsque l’on utilise un flash pour faire des macrophotographies. Il permet de diffuser la lumière (plus douce et uniforme) et d’éviter une zone d’ombre créée par l’objectif devant le sujet (la lumière du flash est bloquée par le haut de l’objectif).

Vous trouverez des dizaines de bricolages différents sur internet, j’utilise simplement un tube en papier blanc percé au dessus de la zone que je souhaite éclairer. D’autres utilisent des bidons de lait, des sacs plastiques,...
L’usage d’un réflecteur s’accompagne généralement d’une perte de lumière.

Retoucher vos photos

La retouche photo est incontournable en macrophotographie. D’une part parce qu’avec la plupart des méthodes ici décrites vous obtiendrez du vignetage ou des aberrations qu’il faudra éliminer par un recadrage.
Et d’autres part parce qu’une photo n’est qu’une image de la réalité, et qu’il est bien rare qu’elle y ressemble ou ressemble à ce que vous souhaitiez obtenir.

Pour certains, la photo doit simplement se rapprocher de la réalité. Il faudra alors corriger la balance des blancs, ou augmenter un peu la netteté de l’image. Retoucher une photo n’est pas forcément la "truquer" comme certains le pensent. Il se peut également qu’il y ait un voile gris sur les photos. Il faut alors simplement refaire la balance des blancs et vérifier qu’il y a bien à la fois du vrai noir et du vrai blanc (et non du gris foncé ou pâle) sur la photo.

Pour d’autres, l’esthétisme est tout aussi essentiel. Au point parfois de modifier le sujet. Changer le fond, éliminer des éléments, modifier l’éclairage de certaines zones ou recadrer fortement sont des modifications courantes.

Macrophotographie
Fourmi Cataglyphis bombycina avant retouche. Il y a une nette dominance bleue, ainsi qu’un léger voile et l’image est légèrement trop sombre.

Cataglyphis bombycina
Fourmi Cataglyphis bombycina après retouche. L’image est un peu surexposée pour que le fond apparaisse entièrement blanc (ce qui n’est pas le cas dans la réalité).

Il existe plusieurs logiciels pour retoucher les photos.
The Gimp est gratuit, maniable mais moins puissant et un peu en retard.
Photoshop coûte cher mais est rapide et permet de retoucher les formats Raw et Nef (le Raw de chez Nikon) et possède des outils très développés.
The Gimp étant gratuit, il est tout indiqué pour débuter.

Quelques conseils...

Pour réaliser de belles photos, il faut bricoler, toucher à tous les réglages (et savoir remettre les réglages d’origine) et s’essayer à la retouche. Connaître les plantes et les insectes est un avantage qui n’est pas négligeable pour trouver des sujets intéressants. Et puis il faut avant tout prendre du plaisir à photographier et persévérer.

Pour réaliser des photographies sur fond blanc, consultez l’article détaillant les techniques et astuces en photo macro sur fonds blancs.


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