Le dytique utilise ses ailes pour vivre sous l’eau !
Insecta ; Coleoptera ; Dysticidae ; Hydroporus cf palustris
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Les dytiques (ou Dysticidae) forment une famille de coléoptères (le même ordre que les scarabées ou coccinelles par exemple) en partie aquatiques. Les adultes se nourrissent de petits invertébrés aquatiques et les plus gros dévorent même des têtards et autres larves d’amphibiens.
Mais comment faire pour rester actif dans l’eau sans se noyer ? Un peu à la manière des premiers oiseaux qui ont détourné l’usage des plumes pour le vol (initialement utilisées pour tenir chaud...), les dytiques se servent de leurs ailes pour survivre sous l’eau. Ils remontent régulièrement à la surface de l’eau pour piéger une bulle d’air sous leurs élytres (la première paire d’ailes très solide qui protège la seconde, utilisée pour le vol). Une fois la bulle piégée, le dytique dispose d’une petite réserve d’oxygène. Cette réserve peut lui permettre de rester plusieurs minutes sous l’eau. On peut observer les dytiques s’accrocher aux plantes pour se maintenir immergés et ne pas être ramenés à la surface à cause de la pression de l’eau. Mais ce n’est pas tout : les pattes des dytiques sont également adaptées à la nage. Les pattes arrières possèdent de longues soies formant une pagaie et sont relevées pour faciliter les mouvements sous l’eau.
Les dytiques vivent souvent dans de petites mares, alors pour rencontrer d’autres individus de la même espèce ou trouver de nouvelles sources de nourriture, il leur faut pouvoir se déplacer de mares en mares. Cela peut arriver de manière occasionnelle lors d’inondations qui connectent les mares entre elles, mais ces évènements rares ne concernent pas toutes les mares. Le reste du temps, les dytiques doivent quitter l’eau et s’envoler pour trouver des partenaires et se reproduire ! Ils sont donc capables de nager, de voler et de marcher au fond de l’eau.
Les larves des dytiques sont aquatiques et se nourrissent elles aussi d’insectes et de petits invertébrés aquatiques. Elles sont visibles dans la vase et les débris végétaux au fond des mares.
Les dytiques sont mal connus en France en Belgique et en Suisse. Pourtant, ils pourraient servir de bioindicateurs de la qualité de l’eau [1] (c’est à dire, renseigner sur la qualité de l’eau par leur présence et leur état). L’identification est relativement difficile et certains dytiques doivent être disséqués pour être correctement identifiés. En attendant, voici quelques photos de différentes espèces de dytiques présentes en France :
- Acilius sulcatus, l’acilius à sillons. Ce dytique est une des espèces les plus communes dans les mares et les points d’eau temporaires. La femelle se distingue du mâle par les côtes ou sillons plus marqués sur ses élytres. Photographié à Toulouse (Haute-Garonne, Midi-Pyrénées) :
- Agabus sp. Espèce proche de Agabus biguttatus et Agabus bipustulatus avec les deux marques rouges sur le haut de la tête. Les dytiques de ce genre sont proches de ceux du genre Ilybius, et très difficiles à déterminer. Ils sont entièrement noirs et ont souvent un corps couvert de petites rides appelées réticulations. Observé en Seine-et-Marne, Île-de-France :
- Cybister lateralimarginalis, dit dytique ou cybister à côtes bordées. Ce très grand dytique se trouve dans les mares, les étangs et les bassins, où il chasse des larves d’amphibiens et des arthropodes. On le reconnait facilement à sa grande taille, à sa couleur verte et aux bordures jaunes présentes sur les côtés des élytres. Contrairement au dytique bordé (Dytiscus marginalis), les pourtours du pronotums ne sont pas bordés de jaune chez Cybister lateralimarginalis.
- Colymbetes fuscus, un dytique sombre avec de nombreuses stries réticulations sur les élytres qui lui donnent un aspect ridé (Seine-et-Marne, Île-de-France). Ces dytiques sont brun ternes avec une tâche sombre diffuse sur le pronotum, difficile à déterminer d’autres espèces du genre comme Colymbetes striatus [2]. Le dernier article des palpes des Colymbetes fuscus est très sombre, ce qui permet de le différencier facilement de Rhantus suturalis par exemple :
- Dytiscus marginalis, le dytique bordé ou grand dytique. Il se rencontre comme le dytique à côtes bordées dans les mares, les étangs et les bassins, mais aussi dans les petits cours d’eau où le mouvement de l’eau est lent. On le trouve au milieu des plantes, il est plus facile de l’observer de nuit.
- Hydroporus palustris (?). Petit dytique (coléoptère) aquatique fixé à une algue sous l’eau. L’espèce photographiée ici est probablement Hydroporus palustris [3]. Cette petite espèce de coléoptère aquatique vit dans des eaux riches en nutriments (dites eutrophes), comme les mares, les étangs, les flaques mais aussi les petites rivières à faible courant, tant qu’il y a un fond de feuilles mortes et de détritus. Ces "déchets" permettent à de nombreuses proies des dytiques de survivre et de se reproduire, et assurent aux dytiques des cachettes nombreuses. Photographié à Toulouse (Haute-Garonne, Midi-Pyrénées) :
- Hydroporus pubescens (?). Macrophotographies d’une autre espèce de dytique aquatique du genre Hydroporus, photographié dans une mare temporaire. Cette espèce se rapproche de Hydroporus pubescens et Hydroporus planus mais il s’agit d’un groupe dont l’identification est très complexe, voir impossible sans tuer l’insecte. :
- Hydryphus ovatus. Photo d’un dytique du genre Hydryphus (deux espèces dans ce genre présente en France, seule H. ovatus est présente dans le Nord de la France). Les dytiques de ce genre ont un corps très arrondi, globuleux, avec des couleurs brun sombre sur les élytres et le reste du corps brun clair ou roux sans taches. Vit dans les eaux calmes avec beaucoup de plantes et des fonds de vase et de débris végétaux. Photographié en Seine-et-Marne (région Île-de-France) :
- Hygrotus confluens. Très petit dytique facilement reconnaissable à ses élytres presque entièrement blanches avec seulement quelques lignes noires à l’arrière. On le trouve dans les ornières et les mares. Espèce décrite du Sud de la France mais remonte à l’Ouest et jusqu’à Paris (trouvé dans une mare eutrophisée, proche d’une écurie et d’une compostière en Seine-et-Marne, Île-de-France) :
- Hygrotus impressopunctatus. Petit dytique des eaux calmes, stagnantes. Elytres noires avec des bandes blanches surtout à l’avant, nombreuses ponctuations noires sur toutes les élytres. Photographié en Seine-et-Marne (région Île-de-France) :
- Ilybius cf fenestratus. Macrophotographies d’Ilybius cf fenestratus, un dytique noir aux pattes rouges foncées de taille moyenne. La détermination du genre est très compliquée et régulièrement remanié avec le genre Agabus qui est très proche :
- Rhantus suturalis, un dytique aux élytres jaunes claires mais recouvertes de minuscules points noirs qui lui donne un aspect globalement sombre (Seine-et-Marne, Île-de-France) :
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Notes et références
[2] Clé en ligne des Dytiscidae de Belgique et autres coléoptères aquatiques.
[3] Dytiques du genre Hydroporus de Pologne, sur Biomap Pologne.
Vos commentaires et questions:
Bonjour,
J’ai une piscine pleine d’eau que je n’ai pas nettoye depuis 2 ans, du coup je m’en sers pour arroser mon jardin. Il y a quelques mois j’ai observé de drôles de petites bêtes rondes qui se servaient de 2 petites pâtes latérales pour se déplacer très rapidement en long en large et en profondeur et remontant régulièrement à la surface. Elles ont grossi et maintenant je vois qu’elles essaient de grimper sur les parois. Curieuse, j’ai placé un morceau de bois plat contre la paroi et à ma surprise elles sont montées dessus, se sont séchées au soleil et tout d’un coup se sont envolées. J’ai lu que c’était des dytiques, genre scarabé. Que vont elles devenir dans les airs, vont elles revenir dans l’eau, sont elles dangereuses, faut il les éliminer quand on les voit ?
Merci pour votre réponse. J’ai pris des photos de la petite bête.
Bonjour,
Il peut s’agir de dytiques ou de notonectes (voir l’article sur les notonectes dans les piscines). Dans les deux cas, c’est une bonne nouvelle qu’elles apprécient votre piscine car dytiques et notonectes aiment manger les larves de moustiques. Ces insectes, à l’état adulte, ont des ailes qui leur permettent de voler pour trouver un partenaire ou changer de piscine ou de mare lorsque la nourriture se fait rare. Ce ne sont pas des insectes dangereux ou nuisibles, mais bénéfiques au jardin et aux humains. Souvent ces insectes ont besoin de sécher leurs ailes avant de s’envoler, il leur faut donc sortir de l’eau. Je vous conseille de fournir en permanence une petite rampe d’accès hors de l’eau de votre piscine pour les petits animaux et insectes. Elle pourrait aussi vous éviter de trouver de plus gros animaux piégés et noyés dans votre piscine (comme des lézards, lapins ou oiseaux) ainsi que d’autres insectes qui y tomberaient comme les abeilles.