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Les chrysopes, des "mouches" aux yeux d’or

Insecta, Neuroptera, Chrysopidae : Chrysoperla carnea, Chrysopa perla, Nothochrysa fulviceps,...

Les chrysopes, ou mouches aux yeux d’or, sont des insectes inoffensifs qui rentrent parfois dans nos maisons pour passer l’hiver, mais sont très utiles au jardin. Insectes auxiliaires, ils dévorent les pucerons de nos potagers.

Les chrysopes ou mouches aux yeux d’or sont connues du grand public car ils rentrent dans nos maisons dès les beaux jours. Attirées par la lumière, elles rentrent régulièrement à l’intérieur de nos maisons durant la nuit et essayent en vain la journée de repartir dans les jardins. A l’automne, les adultes rentrent aussi dans les maisons à la recherche d’un abri pour passer l’hiver. C’est pour cela que l’on observe souvent des invasions de chrysopes contre les vitres des maisons, mais il suffit de leur ouvrir la fenêtre pour qu’elles partent. On peut aussi choisir de les protéger dans nos maisons et greniers durant l’hiver, en attendant le retour des beaux jours, car ces insectes sont très utiles au jardin... Aucun risque de piqure, les chrysopes sont inoffensives et ne possèdent pas d’aiguillon, il n’y a donc pas de danger à les attraper [1].

Photo macro d’une chrysope Pseudomallada flavifrons [2] :

Chrysope aux yeux d’or
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Chrysope commune Pseudomallada flavifrons

Les chrysopes sont parfois confondues avec d’autres neuroptères comme les éphémères [3], elles s’en distinguent facilement grâce à leur couleur verte. De plus, les larves des chrysopes sont terrestres alors que celles des éphémères sont aquatiques. Les larves de chrysopes sont très proches des larves de fourmilions, mais elles ne construisent pas de pièges et chassent seulement à vue. On peut aussi confondre les chrysopes avec les mantispes, mais ces derniers possèdent des pattes ravisseuses, comme celles des mantes.
Larve de chrysope recouverte de soie
Le cycle de vie commence au printemps, lorsque les adultes ayant passé l’hiver s’accouplent et que les femelles pondent leurs oeufs ovales sous les feuilles des plantes. Une des particularités des chrysopes est que lors de la ponte, la femelle dépose une goutte d’une substance visqueuse qu’elle étire en relevant son abdomen avant de pondre un unique oeuf au bout de ce perchoir. De cette manière, il est plus difficile à d’éventuel prédateur d’atteindre les oeufs de chrysopes. Après avoir pondu un petit groupe d’oeuf sous une feuille, la femelle se déplace et recommence à pondre. Elle peut ainsi pondre entre 150 et 200 oeufs au cours de sa vie (certains parlent même de 800 à 1000 oeufs).

Photographie d’oeufs de chrysopes. Les oeufs de chrysopes sont blancs et sont attachés au bout d’un long pédicelle, ce qui permet probablement de les protéger des prédateurs :

Photographie macro d’oeufs de chrysopes. On voit six oeufs de chrysopes attachés à une brindille via un long pédicelle. Les oeufs sont blancs et ressortent particulièrement bien sur le fond noir de la photo. Marseille, Mai 2016.
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Oeufs de chrysopes

Après une à deux semaines d’incubation, les oeufs éclosent et de petites larves recouvertes de soies en sortent. Les larves des chrysopes mesurent de 2 à 15mm en fonction de leur stade. Elles possèdent de longues et fines mandibules creusées d’un canal. Ce canal permet aux larves de chrysopes d’injecter aux proies des sucs digestifs qui digèrent la proie de l’intérieur. La chrysope n’a alors plus qu’à aspirer sa proie liquéfiée par les mêmes petits canaux... Les larves se nourrissent de proies variées : oeufs et larves de papillons (comme la piéride du choux) et de doryphores, mais aussi pucerons, acariens, psylles, aleurodes, cicadelles et cochenilles font parties de leur régime alimentaire [4]. Vous l’aurez compris, cela fait des chrysopes des alliés de choix au jardin potager et en lutte biologique. Plus besoin d’anti-pucerons, les chrysopes s’occupent de tout... [5] [6]. Certaines larves de chrysopes se camouflent en accrochant sur leur dos les restes de leurs proies. Une fois leur croissance terminée, les larves se transforment en nymphes puis se métamorphosent en adultes dont la taille peut aller de 20 à 35mm pour les plus grandes. Si certains adultes consomment aussi des pucerons, la plupart des espèces ne s’en nourrissent qu’à l’état larvaire. La nourriture de l’adulte est alors du miellat, du pollen ou du nectar de fleur. La durée de vie varie en fonction des espèces et de la période de l’année et il peut y avoir jusqu’à 2 ou 3 générations dans l’année.

Chrysope verte  Pseudomallada flavifrons
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Chrysope aux yeux d’or

L’identification est compliquée [7] [8] [9], car certaines espèces se ressemblent beaucoup et possèdent des couleurs variables allant du bleu au rosé, en passant bien sûr par le vert (il s’agit souvent de plasticité phénotypique). Il existerait une cinquantaine d’espèces sur le territoire français [10].
Les espèces les plus communes sont Chrysoperla affinis, Chrysoperla carnea, Chrysoperla affinis (=C. kolthoffi) et Chysoperla lucasina toutes appelées "chrysope verte commune" (mais elle sont parfois au moins partiellement marrons, rosées ou rouges), Notochrysa (=Nathanica ou Italochrysa) capitata, Notochrysa italica (au corps blanc taché de bandes brunes ou rouges brique), Dichochrysa prasina (avec de petites taches brunes ou noires sur le pronotum), Hypochrysa elegans (qui possède de longues et fines lignes noires s’étendant de la tête jusqu’au bout de l’abdomen), Chrysopa vittata et Chrysopa pallens (entièrement vertes pâles, sans taches de couleur), Chrysopa walkeri (qui possède deux taches noires sur le dessus de la tête), Chrysopa perla ou "lion des pucerons", qui possède une tache noire uniforme en forme de X sur la tête, Chrysopa formosa et Chrysopa septempunctata (possèdent comme son nom l’indique, 7 petites taches noires sur la tête) [11]...

Chrysope "mouche aux yeux d’or"
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Chrysope verte Pseudomallada flavifrons

On peut même acheter et commander des chrysopes à l’état de larves ou d’oeufs en ligne sur internet, sur des sites spécialisés dans la vente d’organismes auxiliaires en lutte biologique. Il existe également des kits d’élevage. Cependant, les chrysopes sont naturellement présentes partout en France et le plus simple est d’attendre qu’elles viennent se poser chez vous, ou de leur faciliter la vie en leur fournissant des plantes qui fleurissent tout au long de l’année, ou en leur construisant des abris pour l’hiver (hôtels à insectes) [12] [13]. Les abris seront surtout utiles l’hiver. Les nichoirs peuvent être faits de simples boîtes en bois avec des ouvertures de quelques millimètres pour ne laisser passer que les insectes, et remplies de papier journal froissé ou de paille non tassée et de fragments bois pour optimiser l’espace. Le fond de la boite peut être constitué d’un grillage fin pour permettre à l’humidité de s’évacuer. On peut aussi construire un gîte hivernal formé de planches de bois espacées entre elles de quelques millimètres. Ces abris serviront également aux coccinelles et perce-oreilles qui sont aussi les bienvenus au jardin. Il faut rentrer les abris au frais dans votre cave à la fin de l’automne, pour protéger les insectes du froid, et les ressortir dès que les derniers risques de gelées sont écartées [14].
L’espèce Chrysoperla carnea est la principale espèce rencontrée dans ces abris. Pour favoriser son installation, les abris doivent être installés au plus tard en août et à proximité d’une haie ou d’une prairie, à environs 1m50 de hauteur [15].


Références et définitions

[2Merci à S. Danflous (GIMP) pour sa détermination

[4Caldumbide, C., Faessel, L., Travers, M., Thierry, D., & Rat-Morris, E. (2001). Les chrysopes communes, auxiliaires polyvalents : D’abord qui sont-elles ? Et peut-on les protéger en hiver ? : Cultures ornementales. Phytoma-La Défense des végétaux, (540), 14-19.

[5Canard M., Thierry D., Cloupeau R., 2002. Les Chrysopes vertes communes comme prédateurs dans les cultures : mais quelles chrysopes ? In : Deuxième Conférence internationale sur les Moyens alternatifs de Lutte contre les Organismes nuisibles aux Végétaux (Lille, 2002).

[6Çaldumbide C., Faessel L., Travers M., Rat-Morris E., 2001 - Les chrysopes communes, auxiliaires polyvalents. Phytoma. La défense des végétaux, 540, 14-19.

[7Mazel R., Canard M. & Thierry D., 2006.- Clés synoptiques des Chrysopidae de France (Neuroptera), R.A.R.E., XV(1) : 29-45.

[8Thierry D., Cloupeau R. & Jarry M. 1992 : La chrysope commune Chrysoperla carnea (Stephens) sensu lato dans le centre de la France : mise en évidence d’un complexe d’espèces (Insecta : Neuroptera : Chrysopidae). Pp. 379-392 in Current Research in Neuropterology. M. Canard, H. Aspöck & M.W. Mansell (Eds.). Sacco. Toulouse. France. 414 pp.

[9San Martin G. 2004 : Clé de détermination des Chrysopidae, Publ. Jeunes et Nature. 42 pp., 66 figs.

[12Villenave J., 2006. Etude de la bio-écologie des Névroptères dans une perspective de lutte biologique par conservation. Thèse de Doctorat de l’Université d’Angers, France, 271 p.

[13Villenave J. & Rat-Morris E., 2007. Comment favoriser la présence des chrysopes. Bulletin semences, 196 : 32-34.

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