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Les araignées tégénaires sont-elles dangereuses ?

Arachnida ; Agelenidae ; Tegenaria domestica, T. atrica, T. agresta & T. duellica

Les tégénaires sont les plus grosses araignées que l’on peut rencontrer en France, elles s’invitent tout les automne dans nos caves, maisons et appartements. Peuvent-elles mordre ? Sont-elles dangereuses ? Comment s’en débarrasser ?

Ce sont des araignées noires, grosses et velues... bref, tout ce qu’il y a de plus terrifiant. Les tégénaires s’invitent tous les automnes dans nos maisons, dans nos appartements (même les plus parisiens d’entre nous ne sont pas épargnés, les tégénaires étant présentes en île-de-France), et surtout dans les recoins les plus sombres de nos caves, garages et celliers. Elles nous épient de leurs huit petits yeux tout en se léchant les chélicères (les babines des araignées), et construisent d’immenses tapis de toile.
Les pattes velues de la tégénaire
Pas de doute, ces araignées sont plus qu’effrayantes pour le commun des mortels. Cela n’a pas empêché une petite communauté de scientifiques portant le nom d’arachnologues de les étudier de très près.
Gros plan sur les chélicères et crochets de la tégénaire

Il existe de nombreuses espèces de tégénaires, dont les plus célèbres sont :

  • La tégénaire noire, Tegenaria atrica
  • La tégénaire géante, Tegenaria duellica (qui pourrait en réalité être la même espèce que la tégénaire noire [1])
  • La tégénaire des champs ou tégénaire champêtre Tegenaria agrestis (pas aussi dangereuse que nos amis américains le racontent, voir les références ci-dessous)
  • La tégénaire commune ou tégénaire domestique, Tegenaria domestica
  • La tégénaire des murs, Tegenaria parietina

L’identification de ces espèces est impossible à partir de photos.
Une énorme tégénaire de face
Mais, quelque soit l’espèce, voici la question qui vous brûle les lèvres : les tégénaires (et les araignées en général) peuvent-elles mordre ? Les plus téméraires demanderont si elles sont capables de dévorer un humain, votre belle-mère par exemple.
Peu de gens s’aventurent sur la pente glissante de la réponse à la première question. Les témoignages que l’on rencontre sur internet font généralement références à des piqûres d’autres insectes mal identifiées (moustiques, punaises de lit,...) et il est difficile de démêler le vrai du faux. Pour les journalistes de la Hulotte [2], la question ne demande pourtant pas autant de tergiversations.

Voici quelques arguments qui devraient vous aider à piquer toute cette histoire au clair afin de savoir si...

Les araignées en France métropolitaine sont-elles dangereuses ?

Aussi valable dans les autres pays francophones d’Europe du nord-ouest comme la Belgique et la Suisse.

  • Les araignées ne possèdent pas de dard, on ne peut donc pas parler de piqûre d’araignée. Cependant, elles possèdent des chélicères, sortes de mandibules, équipées de glandes à venin, qui mènent via de petits canaux à des crochets très pointus.
  • La plupart des araignées sont trop petites pour que leurs crochets puissent transpercer la peau humaine ! Très peu d’espèces sont capables de mordre [3].
  • Les morsures d’araignées avec injection de venin (on parle "d’envenimation") sont très rares et ont principalement lieu dans les régions subtropicales et tropicales d’Afrique, d’Australie et d’Amérique du Sud [4]. La mauvaise réputation des araignées pourrait venir en particulier d’Australie où la mygale à "toîle en entonnoir" ("Sydney funnel-web spider" pour les anglophones) ou Atrax robustus (pour les romains et les scientifiques) cause des morsures parfois mortelles. Tout comme sa cousine Latrodectus hasseltii la Veuve noire à dos rouge ou Veuve noire d’Australie qui n’est pas non plus présente en France, malgré sa renommée exceptionnelle.
  • Les médecins sont parfois incapables d’identifier l’origine d’une morsure ou d’une piqûre, et quand ils ne savent pas, certains d’entre eux accusent les araignées [5] [6] [7] (c’est facile d’accuser les autres hein ! je vais commencer à diagnostiquer des morsures de médecins si c’est comme ça).
  • Les araignées ne réalisent généralement pas qu’elles sont sur quelque chose de vivant, elles n’ont donc pas de raisons de mordre. Les seuls cas parvenus à au magazine la Hulotte correspondent à des cas où l’araignée était coincée (les plus paranoïques d’entre nous examineront dès aujourd’hui le fond de leurs bottes) ou que des gens jouaient avec et les tenaient trop serrées dans leurs mains [8]. De nombreux arachnologues manipulent des araignées avec délicatesse et échappent cependant aux morsures.

L'araignée vue de dessus

Ok, j’ai très peu de chance de me faire mordre par la tégénaire qui est dans ma baignoire, mais je refuse tout de même de prendre ma douche avec elle. Comment me débarrasser de cette araignée ?

Armez-vous d’un gobelet ou d’un verre et d’une feuille de papier. Posez le gobelet sur l’araignée, puis passez la feuille en dessous. Retournez ensuite le verre tout en maintenant le papier plaqué sur le verre (vous pouvez ajouter un livre si vous êtes terrifié). Relâchez l’araignée un peu plus loin dans votre jardin, ou dans la boîte aux lettres d’un voisin désagréable.

Une patte hérissée de poils

Je me suis quand même fait mordre par une araignée ! Que dois-je faire ?

  • Tout d’abord, ce n’est pas très gentil de venir nous contredire. Mais bon, comme nous ne sommes pas rancunniers, voici ce qu’il convient de faire :
  • Capturez l’araignée si possible, elle pourrait aider le médecin à construire son diagnostique (elle n’a pas nécessairement besoin d’être vivante). Il est très difficile de conclure à une morsure d’araignée, un des seuls moyens est de l’avoir observé sur vous et d’avoir ressenti une douleur immédiate (souvent rapportée comme étant de la même intensité que la piqûre d’une guêpe).
  • Allez chez le médecin rapidement, il sera le seul capable de déterminer la présence d’une éventuelle infection ou d’une nécrose des tissus. Généralement, les cas de complications et nécroses sont très rares et des soins relativement simples suffisent à faire passer la morsure (désinfection, antibiotiques, surveillance régulière de la blessure) [9] [10] [11]. A vrai dire, même les blattes mordues par des araignées finissent (partiellement certes) par s’en remettre [12].

Gros plan sur les pédipalpes de la tégénaire

Bien, maintenant que je sais que sans être parfaitement innofensive, la tégénaire ne constitue pas un danger immédiat, j’ai reposé ma bombe insecticide. Pouvez-vous nous en dire plus sur les tégénaires ?

Comme la plupart des araignées (à part les araignées sauteuses et l’araignée coccinelle), les tégénaires construisent des toîles. Elles ressemblent généralement à des tapis duveteux et se terminent en un entonnoir dans lequel se cache l’araignée. On peut d’ailleur l’en faire sortir en titillant la toîle très délicatement : si le mouvement est trop brusque, l’araignée saura qu’elle à affaire à une bestiole plus grosse qu’elle et ne s’aventurera pas dehors.

Les tégénaires détectent donc leurs proies à l’aide des vibrations qu’elles ressentent dans leur toîle, et sortent capturer la bestiole trop aventureuse. Elles mangent toutes sortes d’insectes, comme des blattes, des grillons ou des fourmis, mais leur alimentation se compose aussi parfois d’autres araignées. Peu aggressives, elles sont cependant assez rapide car leurs grandes pattes permettent de se déplacer à grande vitesse.

Les mâles adultes et les femelles se distinguent facilement par la taille des pédipalpes : ils sont fixés à l’avant de la tête des araignées, et servent à manipuler les proies et à la reproduction. Les mâles s’en servent pour féconder les femelles, les pédipalpes sont donc plus gros chez les mâles que chez les femelles.
Une tégénaire mâle de profil
Les tégénaires peuvent vivre plusieurs années [13], et grandissent par mues successives. Une fois les mâles adultes, ils se mettent en chemin à la recherche d’une femelle. C’est généralement à ce moment là qu’on les observe dans nos maisons, piégés dans nos éviers. Ceux qui parviennent à détecter une femelle et à s’aventurer sur sa toîle sans se faire dévorer accèdent à la reproduction. La femelle tisse ensuite un cocon qu’elle recouvre de débris divers et dans lequel elle pond ses oeufs. Quelques semaines plus tard, de jeunes tégénaires en sortiront et commenceront à se disperser [14].

Les tégénaires ont peu de prédateur, mais au moment de la dispersion des jeunes, il ne fait aucun doute que d’autres araignées puissent les dévorer. Par exemple, les pholques sont susceptibles de les capturer dans leurs toîles et de les manger tout cru...


Références et définitions

[1Bolzern, A., Burckhardt, D., & Hänggi, A. (2013). Phylogeny and taxonomy of European funnel‐web spiders of the Tegenaria− Malthonica complex (Araneae : Agelenidae) based upon morphological and molecular data. Zoological Journal of the Linnean Society, 168(4), 723-848.

[3Wong, R. C., Hughes, S. E., & Voorhees, J. J. (1987). Spider bites. Archives of dermatology, 123(1), 98-104.

[4Vetter, R. S., & Isbister, G. K. (2008). Medical aspects of spider bites. Annu. Rev. Entomol., 53, 409-429.

[5Vetter, R. S., & Isbister, G. K. (2004). Do hobo spider bites cause dermonecrotic injuries ?. Annals of emergency medicine, 44(6), 605-607.

[6Vetter, R. S., & Bush, S. P. (2002). The diagnosis of brown recluse spider bite is overused for dermonecrotic wounds of uncertain etiology. Annals of emergency medicine, 39(5), 544-546.

[7Vetter, R. S., & Bush, S. P. (2002). Reports of presumptive brown recluse spider bites reinforce improbable diagnosis in regions of North America where the spider is not endemic. Clinical infectious diseases, 35(4), 442-445.

[9Isbister, G. K., & White, J. (2004). Clinical consequences of spider bites : recent advances in our understanding. Toxicon, 43(5), 477-492.

[10Wright, S. W., Wrenn, K. D., Murray, L., & Seger, D. (1997). Clinical presentation and outcome of brown recluse spider bite. Annals of emergency medicine, 30(1), 28-32.

[11Isbister, G. K., & Gray, M. R. (2002). A prospective study of 750 definite spider bites, with expert spider identification. Qjm, 95(11), 723-731.

[12Friedel, T., & Nentwig, W. (1989). Immobilizing and lethal effects of spider venoms on the cockroach and the common mealbeetle. Toxicon, 27(3), 305-316.

Mots-clés

forum

  • Les araignées tégénaires sont-elles dangereuses ? NON !
    14 septembre 2016, par vegaia

    La seule fois où je me suis faite agressée par une tégénaire, c’est parce qu’elle était cachée dans mon gant de toilette que j’étais en train d’essorer. j’ai lâché le gant quand j’ai ressenti une décharge électrique qui, ensuite, m’a fait une sensation de brûlure pendant quelques minutes ; mais aucun signe cutané de morsure....
    maintenant, je n’en ai vraiment plus peur, même quand elle se cache sous la lunette des WC !

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