Maladie du Virus du Couvain Sacciforme : comment soigner ses abeilles

Détection, prévention et traitement de la ruche contre le couvain sacciforme

Le virus du couvain sacciforme (en anglais, sacbrood virus ou SBV) constitue une menace sérieuse pour les colonies d’abeilles. Causée par le virus de type "lflavovirus" Morator aetatulas, cette maladie infectieuse touche les abeilles surtout durant leur développement, juste avant la nymphose, causant une forte mortalité au stade prénymphale. La maladie du couvain sacciforme entraîne une diminution de la production de miel importante en l’absence d’intervention, et parfois la stagnation ou la mort de la colonie.

Les abeilles adultes exposées au virus semble aussi collecter moins de pollen, être plus sensible au froid, et celles qui consomment du pollen meurent plus rapidement [1].

Qu’est-ce Que Le Couvain Sacciforme ?

Le couvain sacciforme est une maladie contagieuse de l’abeille mellifère due au virus SBV (Sacbrood Bee Virus). Elle touche le plus souvent le couvain operculé au stade prénymphale. Le stade prénymphale correspond au stade où la larve a toujours une forme de larve, mais a operculé sa cellule et se prépare à se transformer en pupe (ou nymphe) pour finir son développement. Le virus entraîne donc des mortalités de prénymphes qui affaiblissent fortement la colonie. Les ruches infectées ne se développent plus, et produisent peu de miel. Les prénymphes tuées par le virus présentent un aspect en forme de sac, ressemblant à une poche molle remplie d’eau ou de liquide blanc, qui ont donné son nom à cette maladie.

Comment se transmet le virus du couvain sacciforme entre les abeilles ?

Les prénymphes mortes se présentent sous la forme d’un sac rempli de liquide contenant de nombreux virus. Les jeunes abeilles adultes se contaminent en nettoyant les alvéoles, probablement en se nourrissant des restes larvaires contenus dans les cellules. Le virus du couvain sacciforme se multiplie dans ces abeilles, qui deviennent des réservoirs du virus [2]. Les abeilles porteuses contaminent les larves en les nourrissant. Le virus peut également être transmis par l’acarien parasite Varroa destructor [3].

Quelles sont les conditions qui favorisent l’apparition du virus du couvain sacciforme ?

Toutes les conditions fragilisant les larves favorisent l’apparition du couvain sacciforme, notamment un déséquilibre entre la quantité de couvain et le nombre d’abeilles [4] qui peut empêcher les abeilles d’enlever les larves mortes rapidement pour maintenir l’hygiène de la colonie, et augmente probablement la transmission par les adultes lorsque la même abeille nourrice s’occupe de plus nombreuses larves à la fois. Cela arrive en particulier à la fin du printemps lorsque le nombre de larves dont les abeilles doivent s’occupper est important alors que le nombre d’abeilles nourrices est encore faible après l’hiver. Des carences alimentaires en pollen et la présence d’autres agents pathogènes affaiblissant les larves sont aussi des facteurs favorisant probablement le développement de ce virus dans les ruches.

Comment Reconnaître une ruche infectée par le virus du couvain sacciforme ?

À l’échelle de l’alvéole, on observe des opercules affaissés, des prénymphes en forme de sac facilement extractibles, et des écailles de couleur brun foncé provenant des opercules. À l’échelle de la colonie, un couvain en mosaïque et une colonie affaiblie sont observables, bien que ces symptômes puissent aussi êtres dus à de nombreux autres facteurs et ne soient pas suffisants, seuls, pour établir un diagnostique.

Avec Quoi Peut-on Confondre la maladie du virus sacciforme ?

On peut la confondre avec la loque américaine, la loque européenne, l’ascosphérose. Ces maladies peuvent coexister.

Le virus du couvain sacciforme, la loque américaine (AFB), la loque européenne (EFB) et le couvain plâtré ou ascophérose sont toutes des maladies qui affectent les colonies d’abeilles et tuent le couvain de manière assez similaire. Voici les différences clés :

  • 1. Virus du couvain sacciforme :
    Symptômes : Les larves infectées développent une apparence en forme de sac avant la nymphose.
    Apparence : Les larves deviennent jaunâtres et s’allongent, ressemblant à un sac. Elles sont remplies de liquide blanc ou translucide.
    Apparence du couvain : couvain irrégulier en mosaïque avec des cellules dispersées et des écailles brunes.
    Agent causal : Un virus.
  • 2. Loque américaine (AFB) :
    Symptômes : Les larves meurent après la fermeture de leur cellule. Les larves mortes ont une apparence fondue brunâtre avec une odeur nauséabonde. Les ouvrières grignottent les opercules pour sortir les larves mortes.
    Apparence : Structures brunâtres en forme de fil fibreuses dans les larves mortes, contenant des spores. En utilisant une brindille pour écraser et touiller une larve morte dans sa cellule, un fil brun se forme entre la brindille et la cellule lorsque la brindille est lentement retirée.
    Apparence du couvain : Motif irrégulier avec des opercules enfoncés et perforés.
    Agent causal : une bactérie.
  • 3. Loque européenne (EFB) :
    Symptômes : Les larves meurent avant la nymphose lorsque les cellules sont ouvertes. Les larves deviennent jaunâtres puis brunâtres.
    Apparence : Les larves peuvent adopter une position tordue ou courbée, la tête vers le haut, le long des parois des alvéoles.
    Apparence du couvain : Couvain parfois irrégulier, mais difficile à détecter au début de l’infection.
    Agent causal : une bactérie.
  • 4. Couvain plâtré
    Symptômes : Les larves infectées deviennent blanches et ressemblent à du plâtre ou de la craie, comme de petites momies. Parfois les larves sont noires et non blanche.
    Apparence : Consistance dure et plâtreuse des larves mortes, la tête de la larve ressemble a un petit capuchon jaune dur. Au début, les larves sont encore molles et peuvent être difficiles à différencier du virus sacciforme.
    Apparence du couvain : motif irrégulier avec de nombreuses larves plâtrées. De nombreux résidus sur la planche de vol qui deviennent nauséabonds si humides.
    Agent causal : un champignon.

La différenciation de ces maladies nécessite souvent une observation attentive du couvain, des changements de couleur dans les larves et d’autres symptômes spécifiques. Consulter un expert local en apiculture ou des services de diagnostic peut fournir une identification précise et des conseils sur le traitement. Les inspections régulières des ruches sont cruciales pour une détection précoce et la gestion de ces maladies.

Prévention et traitement du virus du couvain sacciforme

Diverses manipulations sont envisageables en fonction de la sévérité de l’infection, telles que l’élimination des cadres touchés, le transvasement sur cire gaufrée neuve, ou la destruction de la colonie. Les colonies touchées peuvent être renforcées en introduisant des cadres de couvains sur le point d’éclore depuis d’autres ruches, si la colonie peut encore être sauvée. Il est important de prévenir le pillage des ruches et de donner des repères aux abeilles pour éviter la contamination entre ruches. Des visites soignées et régulières de toutes les ruches sont recommandées pour vérifier leur état sanitaire. La prévention repose sur des pratiques apicoles rigoureuses, le traitement contre Varroa destructor, le nourrissage en cas de carences alimentaires, la prévention d’autres maladies, la désinfection du matériel, et la limitation des phénomènes de dérive et de pillage. La reine peut éventuellement être remplacée en cas de faible ponte.


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Notes et références

[1Bailey, L., & Fernando, E. F. W. (1972). Effects of sacbrood virus on adult honey‐bees. Annals of Applied Biology, 72(1), 27-35.

[2Bailey, L. (1969). The multiplication and spread of sacbrood virus of bees. Annals of Applied Biology, 63(3), 483-491.

[3Tentcheva, D., Gauthier, L., Zappulla, N., Dainat, B., Cousserans, F., Colin, M. E., & Bergoin, M. (2004). Prevalence and seasonal variations of six bee viruses in Apis mellifera L. and Varroa destructor mite populations in France. Applied and environmental microbiology, 70(12), 7185-7191.

[4Fiche technique 1 : le couvain sacciforme. 2014. FNOSAD.



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