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Les abeilles à bandes bleues dorment ensemble


Hymenoptera ; Apidae ; Amegilla cingulata

dimanche 21 février 2021 à 06:00 par Théo

Les abeilles rousses à bandes bleues sont rares en France mais communes en Australie. Elles sont appréciées du grand public en raison de leurs belles couleurs. La nuit, elles se retrouvent pour dormir sur une brindille, toutes ensemble ! Un comportement très particulier et peu commun chez les insectes, mais partager une brindille peut être plus compliqué qu’il n’y paraît.

Les abeilles à bandes bleues (ou Amegilla en latin) sont des abeilles présentes sur de nombreux continents. On les trouve Europe, Afrique, Asie et Australie. C’est probablement en Australie qu’elles sont le plus appréciées du grand public pour leurs jolies couleurs noires rousses et bleues. Les anglophones les ont simplement appelées "blue banded bees", ou abeilles à bandes bleues en français.

Il existe de très nombreuses espèces d’abeilles natives d’Australie qui pollinisaient les fleurs australiennes bien avant que les Européens n’apportent l’abeille mellifère Apis mellifera avec eux. Les abeilles à bandes bleues sont de loin les plus connues du grand public.

Deux abeilles à bandes bleues (Amegilla) partagent une brindille

Elles ne vivent pas vraiment en colonies, encore moins dans des ruches, mais ne restent pas complètement seules non plus. C’est vrai qu’elles passent la majeure partie de la journée chacune dans leur coin, à butiner les fleurs ou construire des nids dans des murs de brique ou des parois argileuses. Mais elles se retrouvent avant la tombée de la nuit et s’agglutinent en grappes le long de brindilles. Les anglophones appellent ce comportement "roosting", un mot sans équivalent en français qui indique le fait de nicher perché et en groupe (comme les chauves-souris ou certains oiseaux).

Et c’est bien perchées toutes ensembles que ces abeilles aiment passer leur nuit. Un étrange ballet commence à la fin des après-midi d’été, quand la température chute et que les collines commencent à cacher les derniers rayons de soleil : une ou deux abeilles inspectent des brindilles mortes encore accrochées à un arbre ou à un muret. Elles volent à vive allure, s’arrêtent sur quelques brindilles et les comparent, puis enfin s’installent sur l’une d’entre elles. D’autres abeilles arrivent rapidement. Elles s’embêtent rarement à faire un choix et rejoignent plutôt simplement les abeilles déjà installées.

Un groupe d'abeilles à bandes bleues (Amegilla sp) s'endort sur une brindille

Cela peut sembler idéal, mais les places sur les meilleures brindilles sont limitées. Les premières venues sont celles qui prennent les meilleures places [1]. Alors, les paresseuses en retard qui arrivent trop tard pour s’installer confortablement s’attèlent à désarçonner leurs compétitrices. Elles volent autour de celles déjà installées, d’un vol extrêmement stable. En fait, leur tête bouge à peine ! Si une retardataire trouve une place qui lui sied le long de la branche, elle n’hésite pas à décrocher une autre abeille déjà installée. De toutes ses pattes elle tire la première en arrière.

Un groupe d’abeilles à bandes bleues dort sur une brindille dans un jardin de Sydney, en Australie. Les abeilles à bandes bleues (Amegilla) dorment en groupe la nuit. Ici, une vingtaine sont agglutinées sur une brindille qu’elles tiennent à l’aide de leurs mandibules. JPEG - 67 ko
Dortoir d’abeilles à bandes bleues

Mais les abeilles déjà bien installées ne se laissent pas faire. Et elles ont une arme de poids : plutôt que de se servir de leurs pattes pour s’accrocher aux brindilles, les abeilles à bandes bleues se tiennent accrochées uniquement avec leurs mandibules ! Elles dorment les six pattes en l’air, et peuvent ainsi se tenir accrochées tout en repoussant les nouvelles venues de leurs pattes. J’ai pris la vidéo ci-dessous à Sydney, en Australie. Ce comportement est bien trop rapide pour l’observer en vitesse normale, et j’ai donc du m’équiper d’une caméra slow-motion capable de faire de la macro, un vrai challenge [2] !

La raison pour laquelle ces abeilles dorment ensemble n’est pas encore très claire pour les scientifiques. Certains disent que seuls les mâles dorment ensemble car les femelles resteraient dans leur nid pour le protéger la nuit [3]. Et quand les femelles dorment sur les brindilles, il semble qu’elles dorment séparément, sur une autre brindille [4]. Selon mes observations, bien qu’il y aient généralement plus de mâles il y a aussi souvent des femelles. Et j’ai bien observé des accouplements sur la brindille avant la tombée de la nuit, même s’ils sont rares et difficiles à observer.
En Australie de l’Ouest, un spécialiste de ces abeilles à observé que si un corbeau s’approchait trop près, les abeilles a bandes bleues formaient un essaim et poursuivaient le corbeau jusqu’à ce qu’il s’en aille [5]. Il est donc possible que ces abeilles se regroupent pour pouvoir se défendre en groupes. Les abeilles à bandes bleues ne sont d’ailleurs pas les seules à se regrouper ainsi, c’est un comportement rare chez les insectes en général, mais présent chez de nombreuses abeilles, qui suggère bien un avantage à passer la nuit ensemble plutôt que tout seul [6] !

Une abeille bleue en retard s'endort seule sur une branche

Cet article est agrégé au Café des Sciences.


Références et définitions

[1Yokoi, Tomoyuki, et al. "The choosing of sleeping position in the overnight aggregation by the solitary bees Amegilla florea urens in Iriomote Island of Japan." The Science of Nature 104.3-4 (2017) : 23.

[2Merci au groupe Cone of Confusion pour la musique ! Vous pouvez écouter le Morceau complet - Odyssey Jam ou tout l’album de "space jazz" de Cone Of Confusion sur Spotify

[3Sandeep, K. J., and M. Muthuraman. "Behavior of blue banded bees, Amegilla zonata L.(Apidae : Hymenoptera)." Journal of Entomology and Zoological studies 7.1 (2018) : 428-434.

[4Yokoi, Tomoyuki, et al. "The choosing of sleeping position in the overnight aggregation by the solitary bees Amegilla florea urens in Iriomote Island of Japan." The Science of Nature 104.3-4 (2017) : 23.

[5Houston, Terry F. "Ecology and behaviour of the bee Amegilla (Asaropoda) dawsoni (Rayment) with notes on a related species (Hymenoptera : Anthophoridae)." Records of the western Australian Museum 15 (1991) : 91-109.

[6Aldini, Rinaldo Nicoli. "Preliminary observations on gregarious sleeping in Amegilla (s. str.) garrula (Rossi)(Hymenoptera Apoidea Anthophoridae)." Ethology Ecology & Evolution 6.sup1 (1994) : 131-135.

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