Les larves d’arabis se protègent avec des bulles et des pompons

Si vous connaissez les mots arabis, brûlot, alambis ou midge, vous avez sans doutes déjà été piqué par l’un de ces insectes. Ces petits diptères de la famille des Ceratopogonidae (cératopogonidés) sont des insectes suceurs de sang comme les moustiques, et certaines espèces peuvent aussi transmettre des maladies. Les arabis qui ressemblent juste à des moucherons, sont parfois improprement appelés aoûtats, bien que ces derniers soient des acariens.

Mais ce n’est de toute façon pas la peine de s’attarder sur les noms donnés aux adultes, l’important est que tout le monde les déteste. Les larves aussi sont, pour la plupart des espèces, de simples petits vers banals et presque transparents. Rien d’incroyable.

À une exception près : les larves d’arabis du petit groupe des Forcipomyiinae sont absolument adorables. Elles utilisent des bulles et des pompons pour se défendre.

Les larves de ces Forcipomyiinae sont terrestres et se trouvent dans la litière du sol des forêts ou dans des souches et tronc d’arbres en décomposition. Elles se nourrissent des microorganismes présents dans le bois mort. On les trouve dans de nombreux pays, bien que les arabis préfèrent généralement les climats froids ou tempérés [1]. La plupart du temps, ces larves sont minuscules. Elles sont donc rarement observées, malgré leur apparence tout à fait unique et remarquable.

Il existe probablement de nombreuses espèces, mais étant donné leur habitat et petite taille, peu d’entre elles ont été décrites et observées. Elles se distinguent cependant par la diversité des sécrétions étranges qu’elles produisent depuis des poils situés tout le long du corps [2] [3].

Les substances sécrétées semblent avoir plusieurs rôles. Premièrement, elles sont dites hygroscopiques, ce qui signifie qu’elles attirent les molécules d’eau. En effet, ces larves respirent à travers leur cuticule (la peau des insectes). Pour respirer à travers leur cuticule, elles doivent la garder humide en permanence [4]. Les sécrétions attirent donc l’eau qui s’accumule au bout des poils, jusqu’à ce qu’une gouttelette se forme et tombe finalement sur la larve, gardant ainsi sa cuticule humide.

Ensuite, la forte concentration en acide gras de ces sécrétions semblent avoir un rôle antibactérien et antifongique [5]. Il est facile d’imaginer l’importance pour ces larves qui vivent dans du bois en décomposition de se protéger contre les infections.

Et finalement, il est probable que certaines de ces substances soient répulsives pour les fourmis. En effet, la substance principale des gouttelettes produites par ces larves est la même qui permet aux fourmis de reconnaître un cadavre d’une autre fourmi ! Il est donc peu probable que les fourmis s’attaquent aux Forcipomyia qui sentent - pour les fourmis - pareil qu’un cadavre [6]. Étant donné que ces étranges structures en forme de bulles, de pompons ou de goutelettes semblent se détacher facilement, il serait de toute façon difficile pour une fourmi de saisir les larves d’arabis.

Larve d’arabis avec deux pompons jaunes, à l’avant et à l’arrière du corps (vidéo Andy Murray) :

Un autre Metaforcipomyia avec une combinaison de pompons et de bulles (vidéo Andy Murray) :


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Notes et références

[1Voir les cartes du site iNaturalist

[2Voir la page réservée au Forcipomyiinae sur le site d’Andy Murray (en anglais).

[3Urbanek, A., Richert, M., Gilka, W., & Szadziewski, R. (2011). Morphology and histology of secretory setae in terrestrial larvae of biting midges of the genus Forcipomyia (Diptera : Ceratopogonidae). Arthropod structure & development, 40(6), 485-494.

[4Urbanek, A., Richert, M., Gilka, W., & Szadziewski, R. (2011). Morphology and histology of secretory setae in terrestrial larvae of biting midges of the genus Forcipomyia (Diptera : Ceratopogonidae). Arthropod structure & development, 40(6), 485-494.

[5Urbanek, A., Szadziewski, R., Stepnowski, P., Boros-Majewska, J., Gabriel, I., Dawgul, M., ... & Golębiowski, M. (2012). Composition and antimicrobial activity of fatty acids detected in the hygroscopic secretion collected from the secretory setae of larvae of the biting midge Forcipomyia nigra (Diptera : Ceratopogonidae). Journal of insect physiology, 58(9), 1265-1276.

[6Voir Urbanek et al 2012



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